Faites-moi confiance! Je m’y connais bien...
Panneau d'affichage
Estski ad

Faites-moi confiance! Je m’y connais bien...

L'hiver dernier, deux amis ont décidé d’aller passer la saison de ski en Gaspésie. Quelle meilleure école que les Chic-Chocs pour aller chercher de l’expérience en backcountry? Jean-Daniel Plouffe nous raconte une expérience qui aurait pu mal virer...

Pour ma part, j’avais mon cours de sécurité en avalanche CSA1 et beaucoup de connaissances sur le plein-air hivernal. Mon partenaire lui, un bon ski bum ayant passé l’hiver précédent dans l’Ouest pour la passion du sport, rien de plus simple, toujours partant pour tout avec une folle joie!

Quelques jours après notre arrivée, nous avons entrepris notre première sortie de peaux de la saison avec une amie rencontrée sur place. J’étais le plus expérimenté, ils m’ont donc fait confiance pour le choix de la montagne et l’itinéraire que nous allions emprunter.

J’avais beaucoup entendu dire qu'Ernest-Laforce était parfait pour les débutants. Je n’ai pas posé de question. J’ai seulement ouvert une application GPS et sélectionné le premier itinéraire venu à mes yeux. En voyant 5,4Km, mon choix s’est rapidement arrêté. De toute façon, que peut-il arriver sur un petit mont comme celui-ci?

Crédit: Frédéric Bédard

J’ai ma communication satellite, mon traineau d’urgence, C-Splint, battery pack, radio BCA, matelas, DVA, pelle, sonde et doudoune. Je suis bien équipé et je me dis même que j’en amène probablement trop pour un petit 5km de peaux.

Nous commençons donc l’ascension. Tout semble bien le premier km. Il y a même des traces de skins et nous sommes seuls au monde. Mais à partir du deuxième km, les traces disparaissent et nous commençons à faire beaucoup de bootpack, puis du bushwack de plus en plus dense, puis on croise une rivière sous une mince couche de neige et de glace. Mais le GPS nous garde sur l’itinéraire prévu, alors on continue en se disant que la bière sera bien meilleure à la fin! Cela nous a pris plus d’une heure et demie pour parcourir 1km à cause des obstacles et de la densité forestière grandissante. Nous l’ignorions à ce moment, mais le pire était à venir...

Une forte inclinaison, ajoutée à de la neige abondante sans fond solide. On «nageait» dans la neige pour avancer par moment. On décida de faire demi-tour dans les 30 prochaines minutes si rien ne changeait.

Cela faisait 4h que nous étions partis et nous n’avions même pas atteint 4km. La noirceur arrivait déjà. Nous étions trempés malgré nos Goretex 3plis et nos laines de mérinos 260, mais surtout... nous nous sentions au milieu de nulle part.

Crédit: Jean-Daniel Plouffe

Puis miracle, nous aboutissons finalement sur un plateau dégagé et le parcourons pour atteindre le sommet d'Ernest-Laforce! ENFIN! Soulagés, après 5h30 d’ascension, nous y sommes arrivés!

Un skieur approche et nous apprend que le réel stationnement est à peine à 20min du bas de la zone skiable... Nous venions de faire un mauvais itinéraire de 5.4Km en 5h30. Bref, notre nouvel ami nous a proposé un lift dans sa boîte de pick-up jusqu’à notre voiture.

Source: https://www.sepaq.com/resources/docs/pq/gas/gas_carte_hors_piste_ernest.pdf

L'histoire a bien fini. La météo était clémente, j’étais avec du monde en forme, bien équipé et il n’y a eu aucun incident. On a été chanceux car la gestion du risque était très mauvaise et insouciante:

1- Sous-estimer la montagne: je me suis dit que c’était facile et pour débutant, je n’ai aucunement approfondi ma recherche.

2- Je n’ai pas montré, ni partagé mon itinéraire à personne. Même si notre entourage y était déjà allé, ils considéraient qu'Ernest Laforce n’avait qu’un seul chemin. N'importe qui aurait remarqué que mon itinéraire n’était pas le bon.

3- Tout le monde ne se serait pas aussi bien porté après autant d’efforts et en étant trempé jusqu'aux os. Des risques importants de blessures et d’hypothermie étaient présents de manière inutile.

4- Malgré notre communication satellite et notre traîneau d’urgence, au moindre incident, il aurait été vraiment difficile de procéder à une évacuation vu les conditions. Même à un simple 4km de la voiture, nous étions à plusieurs heures de bushwack et de neige profonde en terrain non balisé. J’ai été moins souciant de la sécurité, vu le matériel complet dont nous disposions.

Tous ces risques inutiles auraient pu être évités si j’avais fait mes recherches correctement. La gestion du risque est importante en montagne. Pendant ma saison en Gaspésie, j’ai énormément appris et réalisé que plusieurs nouveaux adeptes étaient comme je l'avais été cette journée-là, remplis de volonté et de confiance, malgré un manque flagrant de préparation.

Voilà pourquoi je tiens à vous partager cette expérience ici. J’ai sous-estimé la montagne et nous avons heureusement évité le pire. Amusez-vous, mais soyez vigilants s'il vous plaît! Bon ski!

**Bushwack: Traverser une forte densité de branches en sentier non défriché en gardant les skis aux pieds. Vaut mieux être acrobate et patient.

**Bootpack: Quand le terrain est non praticable avec les skis aux pieds, tu les mets sur ton sac à dos et tu continues à pied.

Tu veux un e-book gratuit et ne plus râter un seul article!

Inscris-toi à l'infolettre et regarde tes courriels et spams

Bravo! Regarde tes courriels pour confirmer ton adresse d'inscription