Comment gérer les petits bobos en expédition?
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Comment gérer les petits bobos en expédition?

Engelures, ampoules, pied d’athlète, coupures, abrasions font partie des petites blessures ennuyantes lors des expéditions de ski hors-piste. Il existe toutefois des techniques pour prévenir ce genre de problèmes, ainsi que des traitements et des solutions pour éviter que ça dégénère. Pour y voir plus clair, Estski vous présente une entrevue avec Marc Gosselin, le président et directeur médical de SIRIUSMEDx, et spécialiste de la médecine d’urgence en région isolée depuis la fin des années 1990.

Crédit: Marc Gosselin

Quand on part en expédition de ski hors-piste, des petits inconforts et des petites blessures sont à prévoir. Comment peut-on limiter les risques?

Près de 90% des blessures peuvent être évitées en faisant de la prévention, parce que c’est en faisant une bonne préparation, une bonne planification et une bonne organisation d’une expédition que tu vas sauver bien du trouble.

Comme il n’y a pas une sortie pareille, on doit considérer plusieurs facteurs dans la préparation, comme l’éloignement et le niveau de risque. Par exemple, une sortie dans ta cour arrière ne nécessite pas la même préparation qu’une sortie dans les monts Groulx ou dans les Chic-Chocs. Le type d’environnement aide à prévoir quel type de blessures peuvent survenir, ce qui permettra de préparer une trousse de premiers soins adaptée.  Il faut aussi considérer le nombre de participants, leur niveau d’habileté, et établir qui est le leader du groupe.

Quelles sont les blessures les plus fréquentes en ski hors-piste?

Une étude réalisée en 2019, dénommée A Prospective Injury Surveillance Study on Ski Touring Blessures, a permis de dresser une bonne liste des accidents les plus fréquents en ski de montagne.

Les chercheurs ont recensé les données de 3900 sorties en ski hors-piste dans les Alpes, en faisant des questionnaires sur les types de blessures. L’étude a démontré qu’il y avait 2,5 accidents par 1000 heures de ski, avec une majorité d’accidents mineurs (67%) et modérés (26%). Les mains (28%) et les pieds (16%) sont les plus souvent touchés et la majorité des blessures impliquent les tissus mous, soit des contusions (31%) et des blessures de frottement (18%). La plupart des blessures, soit 63%, se font pendant la descente, avec des traumatismes, des entorses et des cassures.  

En montée, la majorité des blessures sont dues à une surutilisation des tissus mous, qui font des blessures en « ite », comme les tendinites ou les bursites. Les hanches et les genoux sont particulièrement à risque. Pour les pieds, il y a les blessures de frictions, comme les ampoules.

Le reste des blessures sont causées par l’environnement, les avalanches et le soleil, qui peut causer des blessures aux yeux, mais surtout les engelures qui sont un problème fréquent dans le Nord-Est canadien.

Crédit: Marc Gosselin

Que doit-on mettre dans notre trousse de premiers soins lors d’une expédition de ski hors-piste?

Une bonne trousse pour le ski hors-piste sera particulièrement bien garnie pour les soins de pieds. On peut y mettre des coussins pour les ampoules et des pansements spécifiques aux ampoules. Chacun a sa trousse d’ampoules, mais de mon côté, je recommande notamment le Hypafix dès les premiers signes de friction et le 2nd skin pour protéger la blessure une fois l’ampoule bien installée. Les skis bien affûtés peuvent causer des lacérations profondes, il faut donc avoir des pansements compressifs et ce qu’il faut pour contrôler un saignement abondant. Aussi, il est essentiel d’avoir du matériel pour fabriquer des immobilisations diverses en cas d’entorse ou de fractures. Les SAM splint et bandages triangulaires sont un MUST. Enfin il faut s’assurer d’avoir un peu de matériel de survie et tout ce qu’il faut pour faire une enveloppe hypothermique (communément appelée Burrito).

Idéalement, le matériel ne devrait pas être concentré dans un seul sac à dos, surtout s’il y a un risque d’avalanche et d’ensevelissement. Il doit avoir un peu de redondance pour les essentiels et les autres éléments peuvent être partagés par les membres du groupe.

Crédit: Marc Gosselin

Comment doit-on traiter les ampoules?

Il existe beaucoup de folklore autour du traitement des ampoules, à savoir si c’est mieux de la percer ou pas. Habituellement, c’est préférable de la vider, car elle finira par se briser. Si possible, il faut la vider en la perçant avec une aiguille à la base et laisser la peau, puis faire un pansement par-dessus. Comme la peau finira par tomber, il faut ensuite protéger la plaie comme une brûlure, c’est-à-dire en mettant un onguent antibiotique, pour garder le milieu humide, propre et stérile, puis de couvrir avec un petit pansement non adhésif.

En Europe, des adeptes des ultratrails utilisent des techniques différentes, notamment en misant sur l’éosine, un médicament que l’on peut injecter dans l’ampoule puis l’aspirer ce qui contribue à assécher et à coller la peau dévitalisée sur la blessure.

Quelle est la règle d’or pour éviter les complications?

Il ne faut pas attendre pour régler son problème. Dès qu’une douleur bizarre ou un désagrément se fait sentir, il faut réagir. La plupart du temps, ça ne prendra que cinq minutes pour régler ton problème, que ce soit en coupant un bout d’ongle qui frotte, comme ça m’est déjà arrivé, ou pour mettre un bandage de prévention pour éviter le frottement. Il faut être à l’écoute des signaux et réagir dès que possible, parce que ne pas agir peut faire déraper une expédition.  

Quoi faire si on a un problème d’inflammation ou un début de tendinite au genou?

Il faut voir s’il y a quelque chose à faire d’un point de vue biomécanique, en ralentissant, modifiant la technique ou en changeant l’angle de la talonnière par exemple. Il faut identifier la douleur et changer les paramètres. La prise d’anti-inflammatoire peut être intéressante, mais ça ne doit pas être excessif. La crème anti-inflammatoire, comme le Voltaren, est une option très intéressante, car elle offre un effet local, ça évite de prendre des pilules et les effets secondaires qui viennent avec. Pour les problèmes de rotules ou de bandelettes, certaines techniques de taping peuvent faire toute la différence lors d’une longue sortie.

Comment doit-on traiter les engelures?

La meilleure chose à faire avec les engelures, c’est de ne pas en avoir. Sinon, il faut la reconnaître et intervenir rapidement. On peut régler une engelure de surface, qui arrive sur les endroits les plus exposés, comme le nez ou le visage, en les couvrant. Entre partenaires d’expédition, il faut prendre le temps de veiller l'un sur l’autre en faisant un « body check », lors des conditions très froides. Assurez-vous qu’il n’y a pas de peau qui dépasse.

Il faut carrément éviter d’avoir des engelures plus sévères, qui touchent les tissus plus en profondeur, atteignant les muscles et même parfois les os. Ces engelures peuvent avoir des impacts durables et peuvent mener à une amputation. Si une zone du corps est complètement décolorée, c’est un signe que c’est une engelure sévère et il ne faut pas la réchauffer tant que vous n’êtes pas sûr que ça ne regèlera pas. Pour tous les détails sur la gestion des engelures, il faut bien s’informer et idéalement suivre un cours de secourisme en région isolée.

Avez-vous des trucs pour éviter les engelures?

En 2021, il n’y a aucune raison pour se rendre là, parce que tout le monde devrait avoir des réchauffe-mains et des réchauffe-pieds avec soi. Il y a aussi l’option d’utiliser des bas ou des bottes chauffantes. C’est du matériel super intéressant qui aide à prévenir les problèmes.

Il faut mettre de côté son petit côté macho, en disant que tu n’en as pas besoin. Les engelures ne surviennent pas quand tout va bien. Un bon leader peut aussi traîner du matériel pour les autres, au cas où. Évidemment un incident ou un accident qui oblige le groupe à s’immobiliser peut toujours survenir et c’est là que le froid peut causer des problèmes.

S’habiller en multicouche est aussi une bonne façon de trouver la meilleure option pour rester bien couvert et au chaud.

Crédit: Marc Gosselin

Comment doit-on gérer son équipement pour diminuer les risques?

Le matériel neuf et le matériel loué risquent toujours de faire plus d’ampoules, parce que le fit n’est pas toujours idéal. Les gens qui suent beaucoup des pieds peuvent aussi faire plus d’ampoules, alors l’utilisation d’une poudre de talc ou d’antisudorifique peut aider à diminuer le risque.  

En terminant, pouvez-vous expliquer ce que les skieurs peuvent apprendre en suivant un cours de sauvetage en région isolée?

C’est important de prendre une formation de sécurité en région isolée, surtout si vous jouez un rôle de leadership dans les expéditions ou les sorties de plein air ou si vous êtes adeptes de sorties en milieux éloignés des services médicaux.  Les formations sont basées sur la pratique et les mises en situation afin de donner la confiance et les outils nécessaires pour intervenir autant pour les urgences vitales que les problèmes courants. On insiste beaucoup sur la préparation et la planification. Ça aide à reconnaître les situations où les gens se mettent à risque, à mieux gérer des situations d’urgence et à savoir organiser et coordonner une évacuation médicale. Par exemple, ce sont souvent les gens les plus téméraires qui exposent le groupe aux risques et il faut s’assurer que tout le monde est aligné sur le même niveau de prise de risques. Quand il faut attendre 6, 7 ou 8 heures pour un sauvetage ou un hélicoptère, il faut aussi être en mesure d’offrir des soins prolongés, d’évaluer s’il faut soigner sur place ou pas.  On ne sait jamais quand les choses vont tourner mal et il faut être bien préparé.

Cet article a été rendu possible grâce au support du ministère de l'Éducation du Québec et son programme de soutien aux initiatives en promotion de la sécurité 2019-2022

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