À cheval entre l’Europe de l’Est et l’Asie de l’Ouest
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À cheval entre l’Europe de l’Est et l’Asie de l’Ouest

Il était une fois, 4 skieurs en quête du prochain buzz, de la prochaine aventure. Le plan? Aller simple pour Bucarest, la capitale de la Roumanie. Jusque-là, le plan semble fonctionner à merveille pour des gens en quête d’aventure, mais pour des gens en quête de ski? Eh bien, nous allions le découvrir tôt ou tard.

Arrivée

Bucarest, 10 °C, 13 février.

Jack, Will et moi atterrissons après un trop long trajet d’avion. Rapidement, on rejoint notre 4e mousquetaire, Arnaud, arrivé tout droit d’un voyage de 6 mois qui a fini au Sénégal. Pas besoin de vous dire que la froideur d’une capitale d’un ex-pays satellite de l’URSS contraste beaucoup avec les températures chaudes de l’Afrique : Arnaud est sous le choc.

En plus de perdre la moitié de nos bagages dans l’avion, d’égarer une paire de bottes dans Bucarest et de tomber malade, la Roumanie ne connaît pas un hiver exceptionnel. C’est la mi-février et il n’y a eu que quelques petites bordées dans les montagnes. Heureusement, les radars météo nous révèlent une bonne surprise : la plus grosse tempête de la saison commence demain, et elle va durer 5 jours.

Un peu de géographie

Et oui, la Roumanie est un pays plutôt montagneux. Traversée du nord à l’ouest par les Carpates et bordée par la mer Noire, elle connaît encore de bons hivers à l’occasion. Une centaine de stations de ski se retrouvent un peu partout dans le pays, mais nous sommes principalement intéressés par deux massifs montagneux bien précis : les Bucegi et les Făgăraș. Un point commun entre les deux : steep, really steep.

Après 5 jours à courir après notre stock au travers du pays, skier des petites stations de ski dans le whiteout, se guérir et tomber malade en alternance et dormir au pied des montagnes sans jamais les voir, on réussit à monter au-dessus des nuages de la vallée de la Prahova grâce à la Telecabina Bușteni-Babele. Après avoir enligné une couple de soul turns, on constate que le manteau neigeux est toujours mince et on met le cap sur les Făgăraș.

Les Făgăraș

Initialement, c’est à cause de ces montagnes que j’avais entendu parler du ski en Roumanie. Une vidéo mise en ligne par Hidden Faces m’avait vendu le rêve : un accès direct aux montagnes par une vieille télécabine à 14$ le passage qui t’amène de 1250 à 2000 m, directement dans un incroyable bol avec plusieurs dizaines d’options de descentes.

Le seul élément qui nous manquait, c’était la météo. Après une tempête de 5 jours, on sait jamais comment la neige va se comporter. On embarque donc dans la gondole pour arriver en haut et constater le rêve : gros ciel bleu, poudreuse partout et presque aucune trace de vent, ni dans l’air ni dans la neige.

Le cycle a donc commencé :

  • 14$ de gondole
  • Skier 5–6 belles lignes steep de 200 à 500 m
  • Faire attention aux requins
  • Manger des lángos au pied du téléphérique en écoutant de la musique de party roumaine
  • Réparer nos skis parce qu’on n’a pas fait assez attention aux requins
  • Dodo (on a même pu dormir dans un hôtel au pied des montagnes pour 150 lei (45$) par personne)

Et il aurait pu continuer longtemps! Malheureusement pour nous et les autres skieurs roumains, aucune trace de nouvelle neige dans le bulletin météo. Le terrain commence à être tracé et les températures chaudes reviennent tranquillement. Après 2 semaines en Roumanie, il est donc temps pour nous de bouger. Mais où?

On a beaucoup réfléchi. On considérait soit aller :

  • au Sud : Grèce, Bulgarie et l’île de Crète
  • au Nord : Alpes, Alpes juliennes
  • à l’Ouest : Albanie, Kosovo, Monténégro
  • ou à l’Est : en Turquie

Après beaucoup de recherches et de prises de décisions pas toujours faciles, on décide d’essayer la Turquie, qui connaît un très bel hiver en termes de précipitations. Aussi, la Turquie, c’est immense. On se dit donc que même si une région n’a pas de neige, on ne sera pas à court d’options.

On revient porter notre belle Dacia Duster à Bucarest et on embarque dans l’autobus pour un beau trajet de nuit au travers de la Bulgarie jusqu’à Istanbul.

Türkiye

Istanbul, 15 °C, 28 février.

Pour les gens qui cherchent un buzz, aller traîner une paire de skis dans le métro d’une des plus grandes mégapoles du monde, vous ne serez pas déçus.

On profite très brièvement d’Istanbul pour repartir en train vers l’Est. 24 h de train plus tard, on débarque à Erzurum et on essaie d’aller skier à Palandöken.

On réalise vite quelques problèmes :

  • Les stations de ski turques n’ouvrent pas leurs téléphériques s’il vente moindrement
  • S’il neige, il vente…
  • Les billets ne sont pas si cheap que ça
  • Les chaînes de montagnes du centre du pays sont situées dans un environnement très désertique, l’effet du vent et du soleil est donc immense
  • Le manteau neigeux n’inspire pas confiance
  • Le ramadan vient de commencer, l’horaire des restaurants/épiceries est assez aléatoire

On se rend à l’évidence : si on veut faire du bon ski en Turquie, c’est pas à Erzurum ni dans les stations de ski que ça va se passer. Will et moi passons 3 bonnes heures de notre vie à essayer de trouver un char à louer qui a de l’allure. On finit par trouver un gars, qui appelle son ami, qui lui a une Dacia Duster et qui vient nous la porter dans 15 minutes. Malade.

On pose des barres de toit faites avec des 2x4 qu’on a traînés de la Roumanie et on part au Sud, vers le lac Van.

On traverse de grandes steppes alpines toutes blanches qui nous redonnent espoir et on se dirige tranquillement vers le lac Van, en essayant de faire un arrêt pour skier un petit volcan sur le chemin. Après avoir manqué d’envoyer l’auto dans le ravin une coupe de fois, s’être perdus, s’être fait inviter à souper par une famille kurde, conduire et dormir dans le brouillard, abandonner l’idée de skier le volcan, on arrive finalement au Kurdistan, à Tatvan.

Tatvan : le rêve

Bordée au sud par les Toros Dağları Polyeleri (Mont Taurus du Sud-Est) et au nord par plusieurs volcans, c’était parfait pour nous. On loue une chambre dans un hôtel en ville et on commence à planifier nos sorties.

Encore une fois, le manteau neigeux est sous-optimal. Il a beaucoup neigé, puis fait très chaud. En profondeur, une bonne couche de facettes. En surface : de la bonne patate pilée ou des vieilles plaques à vent chauffées. On élimine tout de suite les options de ski plus escarpées ou exposées.

Dans les jours qui suivent, on emprunte l’incroyable réseau routier turc pour accéder à des villages agricoles dans le fond des vallées et on réussit à skier de beaux sommets (Nemrut 2542 m, Süphan 4007 m, Avnikalesi 2726 m, Artos 3537 m, et autres). Le soir, on revient en ville, on attend que le soleil se couche et on boit du thé avec nos très sympathiques amis kurdes.

Après plusieurs jours, on essaie d’aller voir encore plus au sud-est. On est vite limités par les nombreux barrages militaires turcs qui nous empêchent d’aller trop au sud. Même si la situation s’est vraiment améliorée dans les dernières années, les traces du conflit kurde sont encore bien là et la présence militaire est impressionnante. On va en avoir la preuve très bientôt.

L’armée kurde

1 h 30 AM. On dort paisiblement dans le fond d’une vallée, au milieu de nulle part (38° 8'16.55"N, 43°35'20.16"E). Will et Arnaud dans l’auto, Jack et moi dans la tente.

Je me réveille au son de Will qui s’obstine avec des voix d’hommes. Je finis par sortir de la tente et je vois 4 hommes, avec des AK-47 et des jeans, qui sont en train de demander nos passeports à Will. Euh… quoi?

À l’aide de notre cher ami Google Traduction, je leur demande qui ils sont et je finis par comprendre, grâce à leurs photos selfies avec des chars d’assaut sur leurs téléphones, qu’ils sont dans l’armée et qu’ils patrouillent dans cette région des montagnes.

En fait, ils nous réveillent parce qu’ils croient que nous sommes en train de geler et nous invitent à boire du thé dans leur petite base militaire de fortune plus loin. On s’obstine longtemps et finalement, c’est eux qui ont trop froid et qui acceptent de nous laisser dormir en paix. Par contre, le processus nous fait réaliser une chose très inquiétante : en cherchant nos 4 passeports, on n’en trouve que 3…

Le lendemain, on skie (Koçkıran Dağı, 3298 m), on revoit nos amis de l’armée qui nous invitent à manger et boire même s’ils ne peuvent pas nous accompagner à cause du ramadan, et on débute la recherche du passeport. On va au poste de police le plus proche, on fait réfléchir Jack sur les dernières fois qu’il a vu son passeport et on refait notre parcours en sens inverse, sans succès. À ce jour, on paierait cher pour savoir où il se trouve.

Kayseri et la Méditerranée

C’est cet événement qui va amorcer la fin de notre voyage. Jack doit aller à Ankara, Will achète ses billets d’avion pour aller skier en Europe et Arnaud et moi, on a de la misère à se motiver à skier plus avec ces conditions de neige capricieuses. On va quand même essayer d’aller skier les volcans emblématiques Erciyes et Hasan dans le milieu du pays avant de partir.

Tempête de neige. On essaie une dernière fois d’aller skier à la méga station de ski de Kayseri. C’est tellement plat qu’on sait même plus les pistes vont dans quel sens. On sort des pistes ouvertes pour se donner un peu de défi et paf : gros accident. Cas de colonne, évacuation chaotique, ambulance, taxi et pouce vers l’hôpital. Jack l’échappe belle et il est sain et sauf.

Ça nous plonge dans une grande réflexion sur le ski et ses risques, surtout dans un autre pays où on n’a pas les outils linguistiques nécessaires pour communiquer facilement.

Bref, c’est ce qui va nous faire acheter nos billets de retour vers Montréal. On profite de nos derniers jours, au chaud, sur le bord de la Méditerranée. Le contraste est fou. En seulement 5 h 30 d’auto, on passe d’une Turquie désertique, froide et neigeuse à une Turquie verte, chaude, bordée par la mer. Ce pays a tout.

Le 28 mars, on prend l’autobus vers Ankara, on ramasse le passeport à Jack et on vole vers Istanbul, puis Montréal.

Finalement

Voyager à l’autre bout du monde pour skier, c’est des hauts et des bas. Des gros hauts et des gros bas. Le ski hors-piste, c’est pas des vacances. C’est un exercice de recherche intense, de planification constante et de communication pas toujours évidente.

On a aperçu seulement 2 skieurs en 1 mois en Turquie. C’est une chance inouïe d’avoir accès à un terrain de jeu aussi immense et d’y être seuls. D’un autre côté, se déplacer sans arrêt pour essayer de trouver quelque chose à skier pendant que tes amis des Chic-Chocs skient de la poudre à tous les jours et mangent de la poutine, c’est déprimant.

Bref, on a réussi à skier et on a définitivement réussi notre quête d’aventure. Qu’est-ce que tu veux de plus?

Merci à Arnaud, Will et Jack pour vos belles têtes dures qui font en sorte qu’on se ramasse continuellement aux plus beaux endroits du monde.

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