Roadtrip hivernal au Cap-Breton

Roadtrip hivernal au Cap-Breton

Le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton est un joyau des Maritimes. Cependant, la plupart des gens ne le visitent que l’été. En fait, le parc est fermé l’hiver, comme la plupart des hébergements, des restaurants et des attractions de ce côté du détroit de Canso. Ceci peut rendre une visite dans ce coin de pays assez compliqué. Depuis plusieurs années, Estski avait les yeux rivés sur cette région.

Début mars 2020, avec un hiver record au niveau des chutes de neige, le moment semblait idéal pour s’y aventurer, rencontrer les différentes communautés de l’île et, nous l'espérions, trouver du bon ski. Départ de Montréal avec deux vans, aménagées 4 saisons par VanLife MTL pour un road-trip hors du commun. Le match parfait pour un voyage de ski hors-piste !

Couché de soleil et ski printanier directement de la route. Photo : Jérôme Guay

Terrain et météo au Cap-Breton

Dans les maritimes, le timing fait foi de tout au niveau de l’enneigement. Il y a deux facteurs importants à considérer concernant les conditions au Cap-Breton. La première est l’altitude. Le point culminant de la Nouvelle-Écosse est 535 mètres. C’est une colline isolée dans les Highlands nommée White Hill. Les descentes font environ 300 à 400 mètres de dénivelé et se terminent près du niveau de la mer. Quand un Nor’easter arrive, il n’y a pas beaucoup de marge de manœuvre pour que ce soit seulement de la neige qui tombe de haut en bas.

Le deuxième facteur est le vent. Avez-vous déjà entendu parler des « suêtes » ? Le terme vient du français acadien et est une contraction de sud-est. Ce sont des vents forts qui affectent la côte ouest du Cap-Breton, où la plupart des communautés acadiennes se trouvent. Le vent est soulevé du côté Est du plateau et accélère fréquemment en aval du côté Ouest à des vitesses de plus de 200 km/h. Néanmoins, l’endroit reçoit environ 3 à 4 mètres de neige chaque année, ce qui est excellent selon les normes de la côte Est. Le plateau du Cap-Breton est large d’environ 25 kilomètres. Ainsi, le potentiel d’accumulation dans les pentes environnantes est très intéressant. Avec un peu de chance, il est certainement possible de skier de la poudre, et c’est bien ce qu’on avait en tête.

Aperçu du potentiel skiable dans le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton. Photo: Jérôme Guay

La route et la première descente

On quitte Montréal le 9 mars avec deux vans VanLifeMTL parfaitement conçues pour affronter l'hiver. Tout y est : accessoires pour cuisiner, frigo, plaque à induction, 2 lits doubles superposés, siège pivot, isolation, chauffage autonome webasto, deux Maxxfan pour l'aération, panneaux solaires et même une toilette à cartouche. À cette époque beaucoup plus simple, que nous appellerons « pré-COVID », notre plus gros souci était la route de 14 heures et les 1440 km qui nous séparait de notre objectif. Notre destination initiale est Chéticamp, un village qui est habité en permanence depuis 1782, après que des réfugiés de la Grande Déportation soient venus s’installer dans la région. Il est maintenant peuplé d’un peu moins de 4 000 personnes, pour la plupart des Acadiens. On arrive le 10 mars, après une courte nuit au Nouveau-Brunswick. La couverture de neige était minime sur la côte ouest. Nous avons donc continué notre route sur la Cabot Trail pour essayer de trouver de la neige. Heureusement, nous avons trouvé de l’espoir entre Pleasant Bay et Cape North lorsque la route prend de l’altitude et passe sur le plateau. Les bancs de neige étaient plus hauts que les vans ! On continue encore notre chemin pour atteindre Dingwall Harbour, où on pensait pouvoir faire le plein. À notre grande surprise, la majorité des stations-service sont fermées après 18 h… on peut tout de même se trouver un petit endroit tranquille dans le port pour passer la nuit. Même avec des températures sous zéro, il faisait plus de 20 degrés dans les vans.

Soirée autour du feu. Photo : Jérôme Guay

Le lendemain, après avoir fait le plein, on se dirige vers le parc pour skier dans une vieille forêt acadienne, l’une des huit régions forestières du Canada, avec des arbres de plus de 300 ans. Comme le parc est fermé l’hiver, on doit simplement informer quotidiennement les représentants de Parcs Canada de nos plans. Fidèlement à la gestion du territoire de l’organisme fédéral, comme le ski n’est pas interdit formellement, il est autorisé de se faire plaisir sur les terres qui sont la propriété de notre chère souveraine. La journée était brumeuse, sans vent et plutôt chaude. La forêt acadienne offre un beau terrain et on peut skier des conditions semblables à du corn printanier. On apprécie pour la première fois le ski in/ski out en van. C’est le confort de luxe de se changer et de mettre ses bottes au chaud, ça fait changement de se geler les pieds sur le bord d’une vieille Subaru. Une belle journée, mais nous recherchons de meilleures conditions et un terrain plus engageant.

Un peu de poudreuse à travers la forêt acadienne. Photo: Thomas Thiery

Direction la côte Est !.. du Cap-Breton

Et tu fais quoi quand le ski n’est pas aussi bon que prévu ? Tu vas boire des bières et tu espères que ça s’améliore. Direction Baddeck, vers l’un des seules microbrasseries de l’île, Big Spruce Brewing. La bière était une belle excuse pour aller voir le manteau neigeux du côté Est du Cap-Breton. À notre grande satisfaction, il y a plus de neige que du côté Ouest. Il y a même une station de ski locale appelée Ski Cape Smokey. Elle a été fermée depuis 2006 et les installations nécessitent encore à ce jour de sérieux investissements. L’an dernier, de nouveaux propriétaires ont acheté le domaine skiable pour en faire une destination quatre saisons. Pour concrétiser leur vision, ils ont embauché le plus inattendu des personnages, un jeune skieur de course de la République tchèque. Curieux de savoir pourquoi il a choisi le Cap-Breton, et surtout pour parler de ses spots locaux, nous avons décidé de le rencontrer à la station.

Coucher de soleil face à la station de Ski Cape-Smokey. Photo: Jérôme Guay

Martin est vraiment passionné par son projet et parle du Cap-Breton comme si Hawaï et la Nouvelle-Zélande avaient eu un enfant ! Un peu utopiste le Martin… mais tout de suite, il attrape son ordinateur portable et nous montre quelques photos prises lors de sorties dans l’arrière-pays plus tôt dans la saison. Le mois de janvier 2020 a été un mois historique pour le ski au Cap-Breton, avec de la belle neige légère qui s’accumulait en quantité dans les Maritimes. Certainement, il y a du potentiel pour du ski de qualité. Malheureusement, les choses étaient différentes lors de notre passage au début du mois de mars. Martin était occupé ce jour-là, alors on est parti à la recherche d’un beau spot directement sur la côte de l’océan Atlantique.

Ski directement de la route sur la côte Est du Cap-Breton. Photo: Thomas Thiery

L’espoir revient

Le lendemain, la météo prévoyait une journée parfaite : gros soleil et pas de vent. On décide de se garer avec les vans au bout d’un chemin de terre dans la baie Saint-Laurent avec l’intention de skier jusqu’à la pointe de l’île. Pour être sûr de ne rien manquer, on branche et recharge à peu près toute l’électronique imaginable qu'on possède : batteries d’appareil photo et de drone, GoPro, cellulaire, ordinateur. Bref, on teste au maximum la batterie auxiliaire et les panneaux solaires des vans. Grand succès, malgré le manque de luminosité l’hiver et les journées nuageuses, nous n’avons jamais eu de problèmes de courant pendant le voyage.

Lever aux petites heures pour une grosse journée. Photo: Jérôme Guay

Après un lever de soleil magnifique, on met les peaux et commence l’ascension par un ancien sentier pour atteindre le sommet. De là, on peut voir Terre-Neuve de l’autre côté du détroit de Cabot. On continue le chemin pour arriver directement au-dessus de notre face. Elle était bien pentue, large, avec un beau dénivelé et la neige était poudreuse. Les étoiles s’alignaient. On sort le drone pour repérer les lignes entre les arbres. Des airs, ça a l’air assez ouvert. Deux skieurs se lancent, mais vraiment, il n’y a nulle part où aller. Au cas où vous ne le sauriez pas, on est habitué d’avoir des branches dans la face, mais là c’était juste un autre niveau. Soudainement, le vent se lève, une tempête arrive. On vient de perdre notre fenêtre météo et on est forcé de rebrousser chemin.

Aperçu du terrain et vue sur Dingwall Harbour. Photo: Jérôme Guay

Mi-Carême et Chéticamp

Le moral était au plus bas, alors direction Chéticamp pour rencontrer la communauté locale en attendant une autre occasion de retourner dans les montagnes. Tout d’abord, on rencontre Réjean, avocat, auteur et défenseur des droits des Acadiens, qui nous accueille gracieusement chez lui. Chaque année, il traverse le plateau en skis de fond. Il nous donne un aperçu de la météo et de la façon dont les maisons sont construites différemment à Chéticamp pour résister aux vents extrêmes. Il fait la promotion des droits des Acadiens, comme celui d’être servis par des agents bilingues de la GRC ou bien en créant une nouvelle circonscription acadienne dans le comté d’Inverness. En raison de la pandémie qui commençait, mais toujours sans aucun cas en Nouvelle-Écosse, le Centre d’interprétation Mi-Carême était fermé. D’un simple appel, Réjean a pu nous réserver une visite privée.

Le carnaval de Mi-Carême sert de rupture avec le blues hivernal pour la communauté. Ancienne tradition française, Chéticamp est un des derniers endroits sur la planète où elle est pratiquée. Les gens se déguisent, changent leur voix et leurs manières pour passer de maison en maison, à condition que ces dernières veuillent bien offrir l’hospitalité aux Mi-Carêmes. Le but de l’exercice est de ne pas être reconnus. Notre guide était une passionnée et nous a montré tous les différents masques et costumes, ainsi que l’histoire derrière la célébration. La déception était vive de ne pas pouvoir vivre ce festival unique, mais ce n’était rien comparé à celle des habitants de la région.

La dernière chance

Le temps s'améliore, on décide donc de se donner une dernière chance de faire du ski. On se lève tôt pour retourner dans le secteur des vieilles forêts acadiennes où nous avons skié le premier jour, mais cette fois, on a trouvé de quoi se faire plaisir. Il avait neigé un peu moins de 5 cm pendant la nuit, mais le vent et le grand plateau ont finalement fait leur magie, car il y avait plus de 30 cm dans les bois. On ski et remonte ces 250 mètres de dénivelé comme s’il n’y avait pas de lendemain! Jusqu’à ce que nos jambes brûlent et que nous soyons prêts à rentrer bien au chaud dans notre van. Enfin récompensé !

À travers les branches, la poudreuse. Photo: Thomas Thiery

Retour d’expérience

Dans l’ensemble, le ski a été brutal. Toutefois, on ne peut pas nier qu’il y a du potentiel. Il faut vraiment prévoir son coup au niveau de la météo, ce qui n’était pas optimal pour notre part. Mais bon, cela fait juste partie du jeu. Concernant la logistique, les vans ont vraiment facilité les déplacements, les repas et les endroits pour dormir. Nous n’avons jamais eu de problèmes à trouver un endroit pour boondocker près de nos objectifs en ski. Considérant qu’il n’y a rien d’ouvert en hiver au Cap-Breton, c’est vraiment la meilleure option. Au final, on a rencontré des gens incroyables, bu de la bonne bière, exploré notre grand pays et skié de la poudreuse dans l’endroit le plus improbable. Quoi demander de plus ? Et puis finalement, la réalité a frappé sur le chemin du retour…

On remballe et on décolle. Photo: Jérôme Guay

Merci à nos partenaires VanlifeMTL, MEC et Big Spruce Brewing sans qui ce projet n’aurait pas été le même!

Le film « Au pays de Chéticamp » de Jérôme Guay est disponible en exclusivité aux membres Estski cet automne, n’hésite pas et devient membre dès aujourd’hui !

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