Retour sur l'aspect végétalien de l'expédition de ski Akami-Uapishkᵁ

Retour sur l'aspect végétalien de l'expédition de ski Akami-Uapishkᵁ

Mathieu, responsable de la bouffe de l'expédition de ski d'aventure Akami-Uapishkᵁ dans les monts Mealy au Labrador, reviens sur les raisons qui l’ont poussé à devenir végane et révèle ses trucs pour une expédition 100% végétalienne.

Je suis végane depuis maintenant un peu plus de 2 ans. En bon Français, j’avais auparavant quelques a priori sur les bouffeurs de graines et je me disais que jamais je ne pourrais me passer de viande et de fromages puants, mais il faut croire que j’avais tort. Je dois quand même avouer que je ne suis pas un grand cuisinier, et qu'au début, je me suis un peu laissé faire en mangeant ce que ma blonde, végé depuis un bout, me préparait. Puis, j’ai fini par faire mes propres recherches, et j’ai compris que d'intégrer ce régime dans le cadre d'une expédition était un défi réaliste et qui m'enthousiasmait particulièrement.

Parlons un peu de moi, pourquoi je suis devenu végane?

Trois raisons principales poussent les gens à arrêter de consommer des produits animaux : l’environnement, l’éthique et la santé. Certains diront qu'ils le font par amour du tofu, mais c’est plus rare… En ce qui me concerne, c’est d'abord l’enjeu environnemental qui m'a poussé à devenir végane, car comme tout le monde chez Estski, j'aime skier.

Aussi, je me suis rendu compte que de plus en plus d'athlètes et sportifs de haut niveau choisissent de se tourner vers le végétalisme et voient leur performance et leurs temps de récupération s'améliorer. Une simple recherche sur internet fait ressortir des noms comme Venus Williams, Scott Jurek, Lewis Hamilton ou encore notre québécois Xavier Desharnais. En parlant du Québec, Radio Canada a récemment publié un article relatant l’essor du végétalisme chez les athlètes d’élite 1.

Bref, c'était l'occasion rêvée lorsque l'équipe d'Estski m'a proposé de participer à cette expédition de ski dans la réserve de parc Akami-Uapishkᵁ – KakKasuak – Monts Mealy.

L’expédition

Ma condition pour participer à l'expédition était de pouvoir manger végétalien, et comme pour ce genre de trip, il est pertinent de faire un menu commun, l'équipe a accepté d'avoir un menu 100% végétal. Je leur en suis très reconnaissant! En contrepartie, je devenais le responsable de la bouffe pour six personnes pendant huit jours.

On avait beaucoup de bouffe végétale, vraiment beaucoup...

J’aimerais d’ailleurs apporter une petite précision sur les termes. Notre expédition était 100% végétalienne, et non végane. En effet, le véganisme exclut tout produit d’origine animale, vêtements, objets et produits cosmétiques compris, ce que je tente d'appliquer dans ma vie quotidienne. Étant donné que les objectifs et les incertitudes de l'expédition étaient assez élevés pour le niveau de l'équipe, il était déjà très raisonnable de s'arrêter à la nourriture.

Les menus

Je préparais déjà des repas et collations végétaliennes pour mes sorties en plein air, mais ce projet-ci était d'une tout autre échelle. Une telle expédition implique quelques contraintes supplémentaires : on ne pouvait pas apporter d’aliments frais, on était limités en poids et en volume, l’apport calorique devait être important, et la bouffe devait être facile à manger sur le terrain et rapide à cuisiner. Je savais que Kuntal A. Joisher l’avait déjà fait pour gravir l’Everest, donc c’était possible 2.

Afin de remplir nos besoins énergétiques, je me suis basé sur un apport journalier minimal de 3000 calories suite à quelques recherches sur le net, et un peu plus pour les exigeantes journées d’approche et de retour. J’arrivais à une moyenne de plus de 4000 calories par jour, en prévoyant l'équivalent de deux jours de surplus en cas de problème.

Une partie de notre bouffe a été gracieusement fournie par deux de nos commanditaires, Gusta et BioBon.

Préparation des déjeuners. Le défi : varier les saveurs.

Voici un petit aperçu de nos menus :

  • Matin : granola et gruau de différentes saveurs (cassonade, épices, différents fruits séchés, beurre d'arachides en poudre, noix, cacao...)
  • Collations en journée: saucisses Gusta, barres Cliff, Larabar et barres maison.
  • Soir : repas lyophilisés et pains de seitan Gusta.

Tous ces ingrédients et plats sont très faciles à trouver en épicerie, ou dans les boutiques de plein air pour les repas lyophilisés. Pour le gruau et les barres faites maison, j’ai même pu trouver tous mes ingrédients en vrac, ce qui minimise les déchets. Nos repas lyophilisés étaient des Happy Yak, préparés à St-Hyacinthe, mais d’autres marques proposent aussi des plats à base de plantes. Par exemple, la compagnie Good To-Go, basée dans le Maine, offre pas moins de six options végétaliennes.

Premier déjeuner de l’expédition, par -20°C.

Bilan

Le grand point négatif de ma première expérience comme chef de cuisine d'expé: j'ai prévu trop de bouffe! J'avais déjà calculé large en termes de calories, et j'ai probablement excédé ces prévisions. La demande calorique est élevée pendant les grosses journées d'approche et correspondait aux calories prévues. Par contre lorsque le camp est installé et qu'on fait seulement des petites journées de ski, la demande calorique n'est pas supérieure à celle d'une journée similaire en partant de chez vous.  

Vaux mieux trop que pas assez, me direz-vous, mais plus il y a de bouffe, plus c’est lourd à traîner, et nos jambes en ont bien souffert. Les pains de Seitan n'étaient pas idéaux dans notre contexte, rempli d'eau ils ont gelé trop facilement et n'étaient pas faciles à cuisiner. De plus, l'eau contenue dans les pains amenait aussi du poids non nécessaire. D'ailleurs pour l'anecdote, l'équipe en a seulement mangé le premier jour. Nous avons donc décidé à grand regret d'en laisser une bonne partie sur place, sans l’emballage bien sûr. Le bon côté de la chose, c’est qu’une fois les pains dégelés, il paraît qu'un carcajou s’est fait un snack monstrueux. Aux dernières nouvelles, il aurait même viré végé…

J’avais sous-estimé le poids de la bouffe. J’en paie ici le prix.

Pour ce qui est du positif, personne n’est mort de faim, ce qui n'est pas négligeable, et tout le monde a pu manger. Notre énergie était bien en phase avec notre « stoke level », et les coups de mou étaient plutôt dus à la fatigue des approches qu’à notre alimentation. On peut même dire que dans un contexte d'expédition, nos repas ont été assez variés. Les saucisses Gusta ont été une belle découverte, car elles représentent un bon apport calorique et sont très bonnes crues. L'idéal aurait été de les avoir déshydratées au préalable, pour diminuer le poids.

On voit donc que même quand on est un bobo hipster écolo bouffeur d’herbe, on peut envisager de partir en expédition de ski hors-piste au fin fond du Labrador, à condition de se préparer comme il le faut. Il est même possible de trouver à manger au Jungle Jim de Happy-Valley-Goose-Bay, voire Chez Barbie dans le mur de Fermont.

De plus en plus de gens et d’entreprises sont sensibilisés, et avec un peu d'imagination et de débrouillardise, il est aujourd'hui facile de manger végétalien, même en plein air et en régions éloignées.

Et donc pour conclusion, « go vegan and keep skiing »!

N’hésitez pas à contacter Mathieu via notre courriel si vous avez des questions ou besoins de conseils ;)

Je tiens à remercier tout particulièrement Sylvain de Gusta et Pascale de Biobon pour nous avoir aider dans ce projet, mais aussi les gars de l’expédition, Tom, Oli, JP, Charles, Émile et P-O pour m’avoir fait confiance et tenté l’expérience.

Retrouver le guide de ski sur les monts Mealy et ainsi que notre récit sur notre expédition de ski hors-piste.

Sources :

  1. Radio Canada - Le véganisme au menu du quotidien de plus en plus d'athlète
  2. Plant Based News - Vegan Mountaineer Climbs Everest With 100% Animal-Free Kit