Démystifier le vêtement technique: Les coquilles (Partie I)

Démystifier le vêtement technique: Les coquilles (Partie I)

FutureLight, Gore-Tex, Neoshell, H2no, Dermizax, Polartec, duvets, Thermoshield, Primaloft, etc. Comment se retrouver dans cet amas de marques et de marketing qui ne donne aucun indice concret sur ce que le tissu, supposément révolutionnaire, fait réellement ? Impossible. Honnêtement, même après avoir étudié en design de vêtement technique et travaillé comme conseillé dans un magasin de plein-air, j’ai de la difficulté à trouver les réelles spécificités de chaque matériel. Je crois donc qu’il est temps d’éclaircir le sujet, une bonne fois pour tout.            

L’ultime pièce technique de l’aventurier de plein-air et skieur hors-piste : la coquille. Mais savez-vous vraiment ce que vous achetez ? Certains vont dépenser des sommes astronomiques pour une pièce d’équipement sans même se poser de questions. Il est temps de s’en poser.

Au sens large du terme, tel que mentionné dans mon article précédent, la coquille sert purement à nous protéger des éléments tout en étant, à un certain degré, respirante. Règle générale, on va vous expliquer qu’il s’agit d’une technique ABC (multicouches), où il y a des trous microscopiques qui ne laissent pas passer une goutte d’eau, mais laisse passer la vapeur. Les différents fabricants vont ensuite jouer avec les propriétés des matériaux pour créer ce qui fut un temps, très distinctif : le softshell et le hardshell. Aujourd’hui, il y a plus de zones grises…

photo: Charles Bernier

La coquille (hardshell)

Vous l’entendez venir de loin comme quelqu’un qui marche avec des Pringles™ sous les pieds. Elle est rigide, craquante, très imperméable et relativement respirante. On divise généralement les coquilles en deux sous-catégories :

Les enduits :

Totalement imperméable, plus abordables, mais moins durables et moins respirant. On utilise un enduit avec lequel on « peinture » l’intérieur du tissu. On va ensuite, par un processus thermique, créer des micropores dans l’enduit. Par contre, avec le temps, l’enduit sèche dû à l’acidité de notre peau et les gras corporels. Il va donc craqueler et devenir inefficace.

Les membranes :

Fait mal au portefeuille, mais est plus durable et souvent plus respirant. On utilise une barrière créée par une structure microscopique. Contrairement aux enduits, on a qu’à les laver pour restaurer leurs propriétés imper-respirantes.

photo: Charles Bernier

La coquille souple (softshell)

Elle représente toute coquille qui n’est pas nécessairement imperméable, mais extrêmement respirante. Le terme « soft » vient du fait qu’elles sont souvent plus souples. Elles vont généralement présenter une élasticité sous 1 axe (verticalement) ou 2 axes (verticalement et horizontalement). Les coquilles souples, plus souvent utilisées pour des conditions hivernales, vont souvent avoir une surface en micropolaire à l’intérieur, qui va ajouter quelques petits degrés d’isolation. Parfois, afin d’être plus respirantes, les coquilles souples vont laisser passer une infime partie de vent afin de créer un refroidissement éolien. Dans tous les cas, ou presque, seule une résistance à une pluie fine existe.

Il existe quelques types de softshells. Comme pour les hardshells, il existe des enduits et des membranes avec relativement les mêmes principes que mentionnés ci-dessus, mais plus respirants et moins imperméable. La seule différence distincte est au niveau des softshells «par construction».

Par construction

Les ingénieurs textiles vont créer un tissage si serré que le vent n’aura aucune issue pour passer, mais l’humidité pourra se faufiler entre les fibres. Ils vont même créer des fibres en forme de « Y » qui vont s’emboîter de façon à bloquer les éléments extérieurs. Ces tissus sont souvent des nylons ultras légers comme le tissu de votre doudoune, mais sans l’isolation. Ce type est très populaire dans les coupe-vent de course. Ils ne sont cependant que très peu imperméables.


Nombre de plis

Les tissus imper-respirants sont tous conçus de la même manière, en sandwich. On retrouve donc toujours un tissu de surface, la membrane/enduit, et quelque chose à l’intérieur pour protéger la membrane/enduit.

Construction de type sandwich. 

2 plis : Tissu extérieur, généralement en nylon + membrane/enduit

Dans ces cas-ci, on utilise une doublure, souvent en maille, pour protéger la membrane à l'intérrieur. C’est plus confortable sur la peau, mais plus lourd et moins compact. On les retrouve généralement dans les vêtements de ville.

2.5 plis : Tissu extérieur + membrane/enduit + imprimé

On imprime, probablement du polyuréthane, sur la surface interne afin de créer une structure un peu surélevée. Comme cela, l’abrasion se fait sur l’imprimé et non l’imperméabilisant. C’est une option moins coûteuse, mais également moins durable.

3 plis : Tissu extérieur + membrane/imprimé + micromaille

La micromaille est très fine et fusionnée directement à la surface interne, contrairement à la doublure, qui elle, est détachée. On obtient alors quelque chose de très léger, relativement compact et très confortable. C’est l’option la plus durable et, bien entendu, la plus dispendieuse.

Le déperlant durable (DWR)

Il est essentiel pour le bon fonctionnement de votre coquille. C’est un traitement de surface qui porte les gouttelettes d’eau à perler sur la fibre du tissu. Le traitement crée une structure nanoscopique qui ressemble à des poils qui se tiennent debout. À cause de la viscosité de l’eau, ou sa tension de surface, la goutte ne peut que se déposer sur la pointe de ces poils et rester sous forme de sphère (imaginez une sphère de Jell-O que vous déposez sur un millier de clous). Elle ne peut se dissiper et donc roule et tombe du tissu. Ce traitement fait en sorte que le tissu de surface reste au sec. S’il se mouille, les pores du tissu se bouchent et l’empêchent de respirer, peu importe la qualité de la coquille.

Conclusion

C’est l’essentiel à savoir sur les coquilles, mais je vous invite à prendre mon Geektrain, direction partie II, où je vous amène voir ce qui est derrière ces coquilles : ce que signifient les différents tests et cotes de respirabilité/imperméabilité. Plus particulièrement, ce qu’est la fameuse zone grise dont je vous parlais au tout début de cet article. Une petite surprise se retrouve à la fin du trajet (non, ce n’est pas du gear #gratuit).

Pour aller plus loin :
Charles Bernier auteur de l'article vous propose un atelier pour apprendre à réparer vos vêtements techniques à Montréal au Chalet Orage c'est ici pour vous inscrire.