Démystifier le vêtement technique : le système multicouche

Démystifier le vêtement technique : le système multicouche

Goretex, Neoshell, H2no, Dermizax, Polartec, duvet, Thermoshield, Primaloft. Comment se retrouver dans cet amas de marques et de marketing qui ne donne aucun indice concret sur ce que le tissu révolutionnaire fait réellement ? Impossible, et honnêtement, même moi j’ai de la difficulté à trouver les réelles spécificités de chaque matériau. J’ai étudié en design de vêtement technique et suis conseiller dans un magasin de plein air depuis quelque temps. Je crois donc qu’il est temps d’éclaircir le sujet, un bonne fois pour toute. À commencer par le système multicouche.

Pourquoi le multicouche ?

C’est la manière la plus polyvalente de s’habiller. Un bon système permet d’utiliser les mêmes vêtements dans le plus de situation possible, été comme hiver. Voyez votre corps comme un écosystème très fragile. Le but de votre habillement est de le garder le plus stable possible. La chaleur est votre ami, l’humidité votre ennemi. Le corps demande beaucoup d’énergie pour faire évaporer la sueur, ce qui entraîne une perte de chaleur importante si vous êtes mouillé. Si vous avez trop chaud, vous suerez et aurez froid une fois l’effort terminé. Le but du système est donc de conserver la chaleur et d'éliminer la transpiration (humidité)

Système complet pour l'hiver. À gauche (en rouge), le facteur isolant ; à droite (en bleu), le facteur de respiration des couches. Crédit : Charles Bernier
Photo: Charles Bernier

Couche de base

Vêtement : Soit en polyester, soit en laine. La laine de mérinos (prononcé mé-ri-no, et non mé-ri-noss) gère particulièrement bien l’humidité.

Son but : Absorber l’humidité à tout prix et la disperser sur l’ensemble du tissu pour faciliter l’évaporation. Elle aide aussi à garder un peu de chaleur.

Son ennemi : Le coton. Il raffole de l’humidité et veut difficilement s’en départir.

Truc de bum : N'importe quel chandail de sport fait l'affaire, il n'a pas besoin d'être très épais, même si c'est l'hiver. Vous pourrez compenser avec les autres couches et ne pas dépenser dans un chandail en laine de mérinos à +100$.

Photo: Charles Bernier

Couche secondaire

Vêtement : Plusieurs options s’offrent à vous. Les laines polaires ou polar (polyester) respirent très bien et ne sont pas trop chaudes. Les manteaux isolés de style doudoune avec un isolant synthétique mince sont aussi une bonne option. Essayez d’éviter le duvet puisqu’il perd sa capacité à isoler lorsqu'il est mouillé. Contrairement à la laine polaire, les manteaux isolés sont généralement coupe-vent, plus légers et plus compacts. Ils sont aussi plus coûteux et fragiles, donc attention aux branches !

Son but :  L’important est que cela évacue bien l’humidité et soit plus chaud que la première couche. C’est généralement la dernière couche que l’on porte dans un effort intense en hiver ou par temps plus doux.

Son ennemi : La chaleur! Ne sous-estimez pas la capacité de votre corps à en générer.

Truc de bum : Il existe une variété de laines polaires peu coûteuses sur le marché. Elles ne sont pas différentes des Patagonia, par exemple, en terme de matériaux. Il se peut, par contre qu'un enfant de 5 ans l'ait conçu. À vous de choisir (ou relisez l'article S'habiller pour pas cher en ski hors-piste)


Photo: Charles Bernier

Couche isolante

Vêtement : Cette couche demande une isolation plus épaisse par temps froid. Une doudoune est donc de mise. Le duvet et l’isolant synthétique sont de bonnes options. Comme cette couche est loin du corps, elle va rarement être mouillée directement par la sueur, ce qui justifie l’utilisation du duvet.

Son but : Nécessaire par temps froid, elle vous gardera au chaud. Elle n’est pas faite pour succomber à un effort physique intense. Utilisez-la plutôt pour vous protéger du froid si vous vous arrêtez pour dîner ou pour skier.

Son ennemi : Aucun, c’est le Canada des pelures d’oignon. Tout le monde l’aime.

Truc de bum : La qualité du duvet est quantifiée par son pouvoir de prendre de l'espace. Un bon duvet (850fp) nécessite moins de duvet pour atteindre la même isolation, donc plus léger et plus compact. Mais un duvet de moins bonne qualité (550fp) ne vous empêchera pas de skier, votre sac sera simplement un peu plus lourd, et votre porte-monnaie plus heureux !


Photo: Charles Bernier

Coquille

Vêtement : En théorie, un sac de poubelle pourrait être considéré comme une coquille. Cependant, un sac de poubelle ne respire pas. Votre écosystème deviendrait donc bourré d’humidité et bam, vous êtes foutu.  La particularité d’une bonne coquille est qu’elle est respirante et complètement imperméable. Elle est aussi beaucoup plus durable qu’un simple sac de poubelle. Contrairement à ce que certains peuvent penser, la coquille n’isole pas. Il est donc inutile de la porter s’il fait beau, qu'il n'y a aucun vent et aucune précipitation.

Son but : Vous protéger des éléments en tentant aussi bien que mal d'évacuer l’humidité. S'utilise par dessus n'importe quelle couche de votre système, dépendamment des conditions.

Son ennemi : Le consommateur averti. Il y a énormément de marketing dans les tissus imperméables. Le Goretex n’est pas un dieu tout puissant. Il est reconnu pour sa fiabilité depuis longtemps mais les tissus évoluent rapidement et d’autre marques équivalentes ont fait surface depuis. Faites vos recherches.  

Truc de bum : Les shell de très haute qualité sont, par conséquent dispendieux. Les tissus utilisés sont respirants mais seulement jusqu’à un certain point. C'est pour cette raison qu'ils ont des zip d'aération sous les aisselles. Les fabricants savent très bien que pour un effort moyennement intense, cela ne fournit pas. Il est donc important d'y penser deux fois. Il vaut peut être la peine de payer moins cher et ouvrir les zip tout autant.