Jean-Louis Arsenault : “On s’appelait Human Bomb”

Jean-Louis Arsenault : “On s’appelait Human Bomb”

Jean-Louis Arsenault est une autre figure importante du ski hors-piste en Gaspésie. EstSki s’est entretenu avec lui. Il partage avec nous ses débuts dans l’Ouest canadien au cours des années 80, à multiplier les compétitions de ski et à désarçonner les plus grands. Il nous parle également de ses premiers équipements, de quelques expériences périlleuses et de son choix de s’installer en Gaspésie. Voici le deuxième volet de notre série d’entrevues autour de ces visages gaspésiens.

Hogs Back
Vue du mont Hog’s Back

Quand t’es-tu essayé au ski hors-piste?
Au départ, j’étais plus un skieur de centre de ski. J’ai véritablement commencé dans l’Ouest canadien où j’ai passé trois ans dans le coin de Whistler. C’était dans les années 80. La première année, j’ai juste fait le centre de ski puis en fin de première année, j’ai commencé à faire du hors-piste. J’ai tellement aimé que j’ai quasiment fait que cela après. Quand je finissais mes contrats d’été au Québec, je m’en allais dans l’Ouest l’hiver pour apprendre l’anglais.

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Championnat nord-américain Crested Butted Colorado

C’est une époque où tu as aussi enchaîné les compétitions de ski. Raconte-nous comment cela a débuté?
Lors de la première année à Whistler, je me suis retrouvé dans une compétition avec le champion canadien de télémark, discipline que je venais de démarrer. À la première descente, j’ai battu le champion. Le même soir, une compagnie est venue me voir, elle m’a offert des affaires et Whistler m’a également commandité. Je faisais toutes les compétitions d’Amérique du Nord du côté Ouest. Cela prenait la forme de duels avec des sauts dans le parcours. On ne s’entraînait pas bien bien pour la compétition, on faisait juste du ski hors-piste et les compétitions. En tant qu’ancien coureur alpin, j’avais quand même une bonne base et vu que cela était embryonnaire, on n’avait pas besoin d’être des super champions mais on était quand même assez fort.

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Camping d'hiver à Whistler

Quel matériel utilisais-tu?
Au tout début, j’avais un vieil équipement de touring qui était quand même assez lourd. Vu que je travaillais dans une boutique de location, j’avais accès à de l’équipement de télémark. Je l’avais essayé et je trouvais cela vraiment le fun. Avec des skis étroits, des fixations 3-Pin et des bottes en cuir, c’était vraiment rustique. Imaginez-vous descendre dans les grosses montagnes de l’Ouest avec cela, c’était un méchant défi! On allait à des places incroyables, le monde capotait, on faisait des sauts de 60 pieds en masse. Je me rappelle être descendu dans des places tellement à pic que c’est ta botte qui accrochait et pas ton carre de métal. On faisait du “speed skiing” aussi avec cela.

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Powder Mountain en skiniski et bottes de cuir

Étiez-vous formé au risque d’avalanche et à la recherche et sauvetage?
On a appris sur le tas. J’ai fait un peu comme tous les Québécois. On est allé dans l’Ouest sans rien connaître et on s’est fait pogner. La première journée en ski, j’ai skié dans un centre de ski de soir dans le coin de Silverstar, dans la vallée de l’Okanagan. Il y avait une piste fermée pleine de neige, je suis allé skier dedans et je me suis fait pogner par une avalanche. J’étais enterré jusqu’aux épaules quasiment. On faisait un peu plus attention par la suite, sans pour autant se former. En tout, je me suis fait pogner six fois où j’aurais pu y rester, mais je m’en suis toujours sorti. Disons qu’on apprenait de nos erreurs à chaque fois. J’ai été chanceux. C’est sûr que si j’avais eu plus de connaissances, j’aurais évité quelques accidents. Mais le risque est tout le temps là, dans la mesure où tu t’exposes en permanence. On s’exposait tellement qu’on avait pris l’habitude de s’appeler ‘Human Bomb’. On sautait avec un virage serré pour faire une onde de choc et si cela décollait, qu’une avalanche partait, on faisait une grande traverse pour se protéger. Si cela ne décollait pas, on refaisait un autre coup. Et si cela ne décollait toujours pas, on skiait la face. On faisait cela aussi après les bombes des patrouilleurs pour tester la pente, si cela ne décollait pas.

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Whistler Peak, photo de Ski Canada de 1986

Comment as-tu fini par t’installer en Gaspésie?
J’aurais pu travailler partout au Québec mais j’avais besoin d’être au contact de la mer et de la montagne, pour la voile, le kitesurf et le kayak l’été et le ski l’hiver. C’est le seul endroit au Québec qui réunit les deux. Bien sûr, j’ai envisagé m’installer dans l’Ouest, mais je me suis fait prendre tellement souvent dans les avalanches là-bas alors j’ai préféré venir ici pour rester en vie plus longtemps. J’ai le même feeling ici que dans l’Ouest, mais disons que si cela décolle ici, je suis capable de mieux le gérer.

C’est que tu en as connu des avalanches ici aussi...
Oui, j’étais dans l’équipe de tournage pendant l’avalanche à Benny (grosse avalanche qui a eu lieu au Mur des Patrouilleurs en Gaspésie en 2001, ndlr). C’est la seule que j’ai vue, qui lève et qui se transforme en nuage au Québec. Je m’en serais passé.

Mont Albert
Le Mont Albert dans les années 19xx

Décris-nous un peu à quoi pouvait ressembler le ski en Gaspésie dans les années 70-80?
Dès que les centres de ski fermaient, les gens venaient skier au Mont Albert. Au début, au milieu des années 70, on pouvait être 5-6 au printemps, à monter en bottes d’alpin, sans équipement de touring. À chaque année, il y avait toujours plus de skieurs. Puis les Américains sont arrivés. Ils fuyaient le trop de monde de Tuckerman Ravine pour venir au Mont Albert. Au début, ça se tenait plus dans la Grande Cuve, au Mur des Patrouilleurs, dans la Cuve des Mélèzes.

Que penses-tu du développement comme Lyall?
Pour Lyall, l’entrée se fait dans la réserve faunique des Chic-Chocs. Je trouve cela super car les motoneiges ne peuvent pas s’y rendre. D’autre part, j’aime les forêts assez garnies, et Lyall est un développement assez ouvert qui permet de prendre de la vitesse.

Mont Blanc a 30ans
Le Mont Blanc Gaspésie à 30 ans

Dans quels coins du parc aimes-tu particulièrement te rendre?
Ce que je trouve fun avec la SEPAQ, c’est l’arrière-pays. Tu signes une décharge et tu peux accéder à des zones moins connues. Tous les ans, je me rends au Mont Ernest-Laforce par exemple. J’aime skier la poudreuse et explorer. Fait que l’arrière-pays est parfait pour moi.

Photos gracieuseté