Dangerator: Un outil pour estimer le risque d'avalanche sans bulletin

Dangerator: Un outil pour estimer le risque d'avalanche sans bulletin

Pour avoir un accident d’avalanche, il suffit d’avoir trois éléments : de la neige, une pente et une personne exposée. Dans l’Est, il y a des avalanches chaque année dans plusieurs régions, dont Charlevoix, le Saguenay, les mont Groulx, Terre-Neuve et bien sûr la Gaspésie. Cette dernière est la seule avec des prévisionnistes qui s’assurent de fixer le risque d’avalanche pour une zone précise. Alors, quoi faire quand on s’aventure dans du terrain avalancheux, mais qu’il n’existe pas de bulletin ?

Un beau couloir d’avalanche sur la côte du Labrador. Photo : Estski

En fait, contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce n'est pas toute la Gaspésie qui est couverte par le bulletin d'Avalanche Québec. Le territoire couvert touche seulement les secteurs les plus achalandés, qui se trouvent dans le parc de la Gaspésie (mont Albert, Mines Madeleine) et la réserve faunique des Chic-Chocs (mont Hog's Back, les Vallières, mont Lyall, etc). C'est-à-dire que pour tout ce qui se trouve sur la côte, plus loin dans le parc, dans la réserve faunique de Matane ou bien à Murdochville, le bulletin ne peut pas s'appliquer directement. Il fait partie des informations à garder en tête en se déplaçant en montagnes dans la région, mais vos observations sur le terrain seront à considérer en premier, ainsi que les prévisions météo locales. C'est pourquoi il est important de suivre une formation appropriée et d'avoir une expérience pertinente pour se déplacer de manière sécuritaire en hors-piste.

Voici le seul territoire à l'est des Rocheuses avec une prévision d'avalanche

Pour être en mesure de faire une prévision d'avalanche, il faut posséder son niveau 2 professionnel de l'Association canadienne des avalanches, un cours intensif d'une quinzaine de jours, réparti en trois modules et qui coûte la coquette somme de 5000 $ (soit l'équivalent de 3 sessions d'université au Québec). Tout ça, c'est sans parler des prérequis, des frais d'hébergement et des frais de transport, car la formation est seulement offerte dans l'Ouest. Bref, très peu de gens dans l'Est le possèdent, et pour être franc, c'est probablement overkill pour une pratique récréative.

Néanmoins, cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas s'aventurer en dehors de la zone couverte par le bulletin, simplement qu'il faut être plus prudent. Pour aider les adeptes à avoir une meilleure idée du risque d'avalanche, Avalanche Canada a développé l'an dernier un outil simple, en deux étapes pour l'estimer quand il n'y a pas de bulletin disponible.

Dangerator

Le Dangerator est un outil de planification en deux étapes pour estimer le risque dans votre secteur quand il n'y a pas de bulletin de disponible. Il combine les données météo et des observations sur le terrain pour obtenir rapidement une estimation du risque.

Vous comprendrez qu'un simple outil ne sera jamais aussi précis qu'une prévision d'un professionnel. Pour cette raison, le Dangerator ne comprend pas deux des cinq niveaux de risque possibles: faible et extrême. En guise de rappel, voici l'échelle publique nord-américaine de risque d'avalanche :

So
Source: Avalanche Québec

En terrain avalancheux, il faut toujours utiliser le principe de précaution, surtout en arrivant dans une nouvelle zone. À mesure qu'on recueille des informations, il est possible d'avoir une meilleure idée du danger. Ainsi, le Dangerator commence toujours en considérant que le danger d'avalanche est considérable. En répondant aux questions en deux étapes, nous pourrons estimer que le danger devra être considéré comme élevé ou modéré.

Étape 1

La première étape est de se demander s'il y a présence d'un chargement critique ou bien d'un réchauffement critique. Si vous répondez « oui » à une ou plus des questions suivantes, alors le risque peut être considéré comme élevé.

  • Chargement critique:

Un chargement critique fait référence au poids qui se trouve sur le manteau neigeux. Dans les dernières 24 heures et jusqu'à la fin de votre sortie soit environ une période de 36 heures au total : est-ce qu'il y aura plus de 30 cm de nouvelle neige ?

Les bonnes questions à avoir en tête c'est de savoir s'il y a eu de la neige hier et dans la nuit et si plus de neige est prévue dans la journée. Ne pas négliger les effets du vent ou de la pluie qui pourraient venir augmenter le poids de la neige en surface.

  • Réchauffement critique:

Au niveau du réchauffement critique, il faut se demander si la température augmentera rapidement pour s'approcher ou même dépasser le 0 °C. Il n'y a pas seulement la température à considérer, il faut aussi se demander si le manteau neigeux deviendra mouiller à cause du soleil, au printemps par exemple, ou de la pluie. Cela comptera également comme un réchauffement critique.

Étape 2

La deuxième étape. Si vous répondez « non » aux trois questions suivantes, alors le risque peut être considéré comme modéré.

  • Chargement récent

Le chargement récent est assez similaire au chargement critique, par contre, on s'intéresse à une période plus longue, soit les dernières 48 heures. Encore une fois, il faut savoir s'il y a eu plus de 30 cm ou bien s'il y a eu du vent significatif ou encore de la pluie.

  • Avalanche de plaque

À ce niveau, il s'agit vraiment d'observation sur le terrain. Est-ce qu'il y a des avalanches récentes observables lors de vos déplacements ? Si vous êtes chanceux, il est possible d'avoir de l'information avec le bulletin d'avalanche environnant, les médias sociaux, d'autres skieurs que vous croisez. D'autres outils sont disponibles comme le Mountain Information Network (MIN), par contre, cette plateforme n'est pas encore vraiment utilisée dans l'Est.

  • Problème de plaque persistante

Ce problème est causé par la présence d'une couche faible persistante dans le manteau neigeux. Il peut être plus difficile à identifier sans se mettre les mains dans la neige, en creusant un profil de neige par exemple. Par contre, si vous êtes dans une zone qui reçoit beaucoup de skieurs, c'est une bonne question à poser au bar. Si vous n'êtes pas capable de dire avec certitude qu'il n'existe pas de plaque persistance, il est plus prudent d'assumer qu'elles existent.

Voilà, vous êtes maintenant en mesure d'avoir une estimation du risque d'avalanche dans une zone où il n'y a pas de bulletin ! Voici une traduction libre de l'outil d'Avalanche Canada pour référence:

Une fois le niveau de risque obtenu, il est possible d'utiliser un autre outil de planification de sorties d'Avalanche Canada: l'Avaluator. Je n'entrerai pas dans les détails de l'utilisation de cet outil, mais en combinant le risque estimé et une appréciation du terrain (simple, exigeant ou complexe), il est possible d'ajuster son choix d'itinéraire pour la journée aux conditions. Vous recevez cet outil en suivant la formation CSA1. Il est aussi possible de se procurer la version la plus à jour sur le site d'Avalanche Québec.

En rafale

  • Pour avoir accès à nos outils favoris pour prévoir nos sorties, rendez-vous sur la page ressources
  • Pour vous inscrire à une formation en sécurité d'avalanche, c'est par ici !
  • Voici le vidéo explicatif complet d'Avalanche Canada qui s'applique mieux à l'Ouest:

How to use the Dangerator from Avalanche Canada on Vimeo.

  • Pour se procurer un Avaluator, c'est ici.

Sources:

https://avalanchequebec.ca/wp-content/uploads/echelle-publique-nord-americaine-de-risque-davalanche.pdf

https://www.avalanche.ca/dangerator