Une vision panquébécoise du ski hors-piste

Une vision panquébécoise du ski hors-piste

Explosion de sites de ski hors-piste

En 2018, le nombre de sites de ski hors-piste affiliés à la Fédération québécoise de montagne et d’escalade (FQME) a doublé pour atteindre 14 terrains de jeux pour les adeptes de poudreuse. Depuis 2014, la fédération a investi 350 000 dollars dans l’aménagement des sites et la promotion du sport. Plongeon dans le monde de l’aménagement forestier pour le ski hors-piste.

Le sourire aux lèvres, ils pensent déjà au potentiel skiable de ce sous-bois - photo : Maxime Bolduc

« On veut développer une vision panquébécoise du ski hors-piste », lance Maxime Bolduc, directeur ski de montagne pour la FQME, qui souhaite développer des sites accessibles dans toutes les régions du Québec pour faire connaître le sport. « On veut ouvrir des sites faciles, petits et marginaux pour que les skieurs puissent développer leur expertise avant d’aller vers de plus grosses montagnes. »

Depuis sa création en 1969, la FQME a le mandat d’encadrer et de développer le ski hors-piste, mais ce n’est que depuis 2014 que les travaux ont réellement pris de l’ampleur, grâce à du financement dédié à la pratique des sports plein air provenant du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES). À l’époque, ce sont d’abord des aménagements à Maria qui ont été réalisés, suivi des travaux au mont Hereford en 2015, puis au mont Carmel, mont SM et Mont Pesaq en 2016. En 2017, le Parc régional Massif du Sud et le mont Hereford (ski Eldorado) faisait leur entrée dans la famille de la FQME, et en 2018 que l’adhésion a doublée, alors que sept nouveaux sites se sont ajoutés à l’offre de service de la fédération, soit le mont Lyall et le mont Porphyre (Gaspésie), le mont Kaaïkop (Laurentides), les Palissades de Charlevoix, le mont Brillant (à la base militaire de Valcartier), la montagne Saint-Pierre (Bas-Saint-Laurent) et le mont des Allemands (Lac-Saint-Jean).

Depuis que le MÉES s’est donné comme objectif de développer les activités de plein air 2014, la FQME a reçu et investi plus de 350 000 dollars dans l’aménagement et le développement du ski hors-piste, dont 100 000 dollars au cours de la dernière année. « On veut démocratiser le sport pour le rendre le plus accessible possible », note Maxime Bolduc, qui travaille sur la promotion, la sécurité, la sensibilisation et l’amélioration des sites du réseau.

Selon les besoins, la FQME peut offrir une aide financière aux organisations locales qui souhaitent aménager de nouveaux terrains de jeu, et même déployer une équipe technique pour offrir un soutien professionnel lorsque vient le temps d’aménager des terrains skiables.  

Pour aménager les sites de manière responsable et durable, la FQME a rassemblé des acteurs clés du ski hors-piste pendant près de 2 ans, dans le but de rédiger un guide d’aménagement pour les gestionnaires et les propriétaires de sites. « Le but est d’aménager la forêt en respectant la biodiversité, tout en assurant la sécurité, et sans oublier le plaisir de skier », souligne Maxime Bolduc.

Par exemple, le guide présente les techniques pour évaluer les sites potentiels à aménager en fonction de l’inclinaison, des vents dominants et de l’enneigement. « Il faut évaluer les sites selon le contexte régional, parce qu’un dénivelé de 150 mètres peut avoir un fort potentiel à plusieurs endroits, ajoute ce dernier. Peu importe le contexte, on essaie le plus possible de varier le type d’aménagement pour maximiser l’expérience ski tout en laissant une impression naturelle au site. »

Au lieu de travailler avec d’énormes abatteuses forestières, les aménagements de ski hors-piste sont généralement faits avec des scies à chaine et des débroussailleuses. On y pratique des coupes partielles, pour générer des forêts ouvertes, des sous-bois et des îlots forestiers, tout en laissant des petits arbres en vie pour favoriser la régénération. En bref, le guide permet de découvrir les techniques pour bien aménager la forêt en tenant compte des particularités de chaque peuplement forestier. Au besoin, la FQME fournit également l’aide d’un ingénieur forestier, une expertise obligatoire d’un point de vue légal au Québec, pour aménager la forêt, que ce soit sur un terrain privé ou sur les terres publiques.

Bruno Béliveau, de la Coop Accès Chic-Chocs, est un des principaux ingénieurs forestiers qui travaille de concert avec la FQME pour l’aménagement de nouveaux sites. « On cherche toujours à innover en s’adaptant à chaque nouveau site, en tenant compte de la forêt, du terrain et du type de produit à mettre en place, dit-il. Il n’y a pas de moule prédéfini. On regarde ce que la forêt nous donne et on applique différents principes d’aménagement, selon les besoins des promoteurs. » Ainsi, l’aménagement sera très différent sur des sites avancés, où l’on retrouve des pentes de plus de 40°, que sur une montagne pour s’initier au hors-piste.

Au mont Lyall, par exemple, la Coop Accès Chic-Chocs, qui gère le site, a décidé d’aménager de gros champs de neige au départ « pour donner une sensation d’alpin et une ambiance de l’ouest ». Après les bols de neige, la descente se termine dans un sous-bois. Et depuis l’ouverture de la première « piste », chaque descente est aménagée pour offrir une expérience différente.

Ski hors-piste Lac-Saint-Jean, un nouvel OSBL, a pour sa part décidé d’aménager une première piste ouverte sur le mont des Allemands, situé dans la ZEC des Passes, dans une pente moins forte pour permettre à tous les pratiquants d’y trouver leur compte. « En tant que promoteur, qui s’implique développement du ski, il faut savoir enlever son chapeau de rider pour penser à la finalité du projet et offrir une expérience de qualité au plus grand nombre de personnes », remarque Bruno Béliveau.  

Il faut aussi connaître l’écologie des arbres, des insectes et des processus naturels, pour s’assurer de favoriser la régénération en sous-étage, afin qu’il y ait encore de beaux arbres dans 30 ou 40 ans. « Dans les régions frappées par la tordeuse des bourgeons de l’épinette, on essaie de conserver les épinettes, qui résistent mieux aux épidémies, plutôt que les sapins, dit-il. Parfois, on va donc couper un gros sapin et préserver une petite épinette pour avoir une vision à long terme. » Et il faut déroger à ce principe au moins une fois sur 10, question de laisser du sapin. « Le secret est dans la diversité, ajoute-t-il. Il n’y a pas de recette unique, parce qu’il faut tenir compte de plusieurs éléments. »

Exemple d'aménagement de sous-bois - Photo : Maxime Bolduc

Et la foresterie traditionnelle dans tout ça ?

La foresterie traditionnelle peut également être l’allié des passionnés de ski, estime pour sa part Hughes Sansregret, le directeur des opérations à la forêt Montmorency, la plus grande forêt d’enseignement au monde opérée par l’Université Laval. Pour générer des revenus, la forêt Montmorency récolte du bois, dans une optique de gestion durable des forêts. Après une coupe partielle, où un arbre sur trois est récolté, sur une montagne offrant un dénivelé de 100 mètres, et une pente de 42°, près du pavillon principal, Hughes Sansregret a eu l’idée de créer davantage de valeur sur le territoire en proposant de développer le ski-raquette. « C’est une coupe forestière normale qui permet aussi aux skieurs de s’initier au hors-piste tout en découvrant comment on peut faire une foresterie socialement acceptable aujourd’hui », dit-il. En plus de pouvoir skier dans les pistes créées par les machines forestières, les skieurs peuvent aussi parcourir le sous-bois, car la densité de la forêt y a été réduire. Pour améliorer la pratique, les souches et les branches ont été enlevées dans certains sentiers pour rendre des secteurs plus sécuritaires, alors que les skieurs doivent évaluer eux-mêmes, avec l’aide de règles à neige disposées en forêt, s’il y a suffisamment de neige à d’autres endroits.

la forêt Montmorency - Photo : Julie Moffet

La sécurité, un élément essentiel

Que ce soit chez les partenaires de la FQME ou à la forêt Montmorency, un élément demeure toutefois central lors de tous les aménagements : la sécurité. « La sécurité est une prémisse dans tous nos projets », note Bruno Béliveau, qui souhaite faire la promotion d’une pratique responsable du ski hors-piste.

Le mont des Allemands avec Olivier Dion - Photo Mathieu Martel

La notion de sécurité est primordiale, autant pour les pratiquants, que pour les promoteurs de sites de ski hors piste, car le Code civil québécois rend les promoteurs responsables de la sécurité sur les lieux de pratiques. C’est pourquoi la FQME offre l’assurance pour la responsabilité civile aux promoteurs, permettant d’opérer l’âme en paix, sans la crainte de poursuites, note Bruno Béliveau (la SÉPAQ a déjà perdu en cours, après qu’un marcheur ait reçu une roche sur la tête à l’île Bonaventure. Depuis cet épisode, le sentier a été fermé).  

L’accès à ce type d’assurances et l’aide à l’aménagement viennent toutefois avec un coût de 32 dollars par année, qui donne accès à tous les sites du réseau de la FQME, ainsi qu’une assurance invalidité personnelle et le transport d’urgence valide partout au Canada.  « Chaque nouveau membre nous donne possibilité d’investir dans de futurs sites ou sur les sites existants », remarque Maxime Bolduc.  

Pour développer le sport, la FQME s’est aussi associée avec le Parc national de la Jacques-Cartier pour mettre en valeur l’offre de ski hors-piste. Alors que la FQME investit dans l’affichage, le plan de mesure d’urgence et le matériel de sécurité, la SÉPAQ s’occupera de faire de la publicité. « On veut que la communauté ait un beau terrain de jeu pour skier, peu importe où ils habitent au Québec », conclut Maxime Bolduc.

Essor du réseau de la FQME

  • 2014 : Maria
  • 2015 : mont Hereford
  • 2016 : mont Carmel, mont SM et mont Pesaq
  • 2017 : Parc régional Massif du Sud et mont Hereford (ski Eldorado)
  • 2018 : mont Lyall, mont Porphyre, mont Kaaikop, Palissades de Charlevoix, mont Brillant (centre Castor, base militaire de valcartier), montagne Saint-Pierre et mont des Allemands

Pour plus de détails concernant les sites consultez la carte interactive d'Estski, ici