Le splitboard en bottes rigides

Le splitboard en bottes rigides

Si vous êtes amateur de snowboard hors-piste, vous avez peut-être déjà entendu parler des bottes rigides pour le splitboard. Mais d’où ça sort? Bien que certains puristes du snowboard ne voudront pas s’y pencher sérieusement, croyant que les bottes rigides éloignent encore davantage le snowboard de ses origines du surf et du skate, certains font le saut.

Regardons les avantages et les inconvénients de cet emprunt technologique à l’équipe des skis mountaineers. Les premières expériences populaires ont commencé il y a quelques années déjà, en utilisant les fixations Voilé Mountain Plate, conçues pour les bottes rigides.

Voilé Mountain Plate Kit. Il semblerait que l’attrait principal, au départ, était le mode marche des bottes d’Alpine Touring (flexion avant-arrière) qui offrait un avantage non négligeable versus les bottes molles traditionnelles. 

Plusieurs raisons peuvent pousser un splitboarder à se tourner vers les bottes rigides. Le mode marche des bottes de ski a été à l’origine de l’intérêt de la communauté du splitboard pour cet équipement, c’est une fonctionnalité qui est maintenant disponible avec plusieurs bottes de snowboard régulières.

D’un point de vue personnel, voici les avantages qui demeurent :

  • Durabilité : La durabilité des bottes rigides est, règle générale, supérieure à celle des bottes molles en raison de la coquille. Le mode marche permet une flexion avant-arrière qui n’aura pas comme effet d’user la botte prématurément. Des pièces de remplacement sont aussi disponibles.

  • Poids : En mode ascension, le poids à soulever à chaque pas est réduit avec les bottes rigides, car on lève seulement la botte, alors qu’on lève la botte et la fixation avec l’équipement conventionnel. Un avantage qui découle du système de fixation.

  • Imperméabilité : Comme la coquille des bottes rigides est en plastique, nul besoin de la faire sécher des heures après une journée printanière. C’est un avantage de taille pour les amateurs de camping d’hiver!

En ce qui a trait à la pratique en tant que telle, encore une fois les bottes rigides font bonne figure en raison de meilleures fonctionnalités :

  • Point de pivot : Avec les bottes molles, le pivot est en dessous de la fixation (donc en dessous du pied) ce qui porte l’utilisateur à lever le ski plutôt qu’à le faire glisser vers l’avant avec les bottes rigides, où le point de pivot est placé devant les orteils.

  • Traverses : L’incidence sur les carres, en mode ascension et particulièrement lors des traverses, est plus efficace en botte rigide. C’est grâce à la rigidité latérale de la botte.

  • Bootpack: Comme le volume extérieur d’une botte de snowboard est plus grand que celui d’une botte de ski, il est plus difficile de creuser ses marches dans un bootpack. La durabilité des bottes molles est aussi durement mise à l’épreuve lors des bootpacks dans la neige durcie, alors qu’on martèle littéralement les bottes « à coups de pied ».

  • Crampons : Les meilleurs crampons à bottes sont pour le moment seulement compatibles avec les bottes rigides. Ils sont plus sécuritaires et s’attachent plus rapidement que les crampons universels.
Dynafit TLT6 sur crampons automatiques (step-in) - Phantom Splitboard Bindings - Zachary Wilson Photography

Toutefois, il doit bien y avoir une raison pourquoi la très grande majorité des splitboarders n’ont pas fait le saut. Bien entendu, il y a des moyens de pallier à ses inconvénients. Regardons-les en détail…

  • Liberté de mouvement en descente : La rigidité des bottes de ski en descente est très différente de celle des bottes de snowboard. La flexibilité latérale, c’est-à-dire le mouvement de rapprocher ou d’éloigner vos genoux lorsque vous avez les bottes dans les fixations, sera définitivement le plus grand inconfort. Par exemple, faire un olie ne vous semblera pas aussi naturel qu’avec des bottes molles. Il est possible de faire des modifications pour pallier à cet inconvénient, qui consiste à enlever du volume sur la coquille (âme sensible s’abstenir).

  • Confort des bottes : Par expérience, ceux qui ont essayé les deux types de bottes pourront dire qu’il est plus difficile d’être confortable dans une botte de ski hors-piste que dans une botte de snowboard. Prévoir une ou plusieurs séances de bootfitting pour se sentir dans ses pantoufles!

  • Coût : Considérant qu’un setup de bottes rigide est plus dispendieux à l’achat en général (les bottes sont plus chères et les fixations toe pieces tech s’ajoutent à la facture), on peut voir le coût comme un désavantage assez pesant. Toutefois, en regardant dans l’usagé, il est possible de trouver une bonne paire de bottes Dynafit TLT5 ou TLT6 à faibles coûts. Les pièces sont facilement disponibles en cas de bris et les chaussons peuvent être changés si nécessaire. Il est aussi possible de trouver des toe pieces à faibles coûts.

Pour les intéressés, regardons en détail les différents setups disponibles au moment d’écrire ces lignes à l’automne 2018.

Bottes

Les bottes sont définitivement la composante la plus difficile à choisir. Pour plus de détails sur les bottes en général et le bootfitting, consulter notre article à ce sujet (Le Bootfitting pour les nuls).

Dynafit

Les bottes les plus utilisées lors des dernières années sont sans contredit les Dynafit TLT5 et TLT6. Ces bottes très légères sont facilement modifiables pour permettre une bonne flexibilité avant arrière et un mode marche qui a fait ses preuves. Il est encore possible de trouver ces modèles de bottes sur le marché, mais elles ont été remplacées par des modèles plus récents qui se prêtent moins au splitboard, avec la tendance des bottes de ski à être de plus en plus rigide. La récente Dynafit Speedfit serait aussi une bonne candidate, quoiqu’un peu plus rigide puisque la langue qui était optionnelle avec les TLT est maintenant fixe.

Arc'teryx

Arc'teryx à récemment sortie une botte de ski qui serait supérieure, en termes de flexibilité latérale, aux bottes Dynafit. De petites modifications sont nécessaires afin que la botte soit compatible aux fixations existantes, mais rien qui pourrait invalider la garantie.

Autres

D’autres bottes sont utilisées par les splitboarders en moins grande popularité. Quelques cas sont documentés sur internet : Garmont Masterlite, Atomic Backland, Salomon S/Lab X-Alp, Scarpa Spirit, etc.

Fixations

Au niveau des fixations, il existe trois choix, mais seulement deux valent vraiment la peine d’être discutés. Les fixations Voilé mentionnées au début de l’article sont l’option à éviter, elles sont en quelque sorte les Alpine Treckers du splitboard! #jerry 🙅‍♂️

Dyno DH

Une baseplate régulière de Spark, avec deux anneaux de métal qui tiennent la botte de l’avant à l’arrière, comme des crampons. Simple et efficace. Compatible avec les pucks (on recommande de prendre celles en angle!). Ces fixations sont moins dispendieuses que les Phantom.

Dyno DH - Spark R&D

Phantom

La Cadillac des fixations pour les bottes rigides. L’appui du pied est réparti sur une plus grande surface du splitboard que lorsqu’on utilise un système de pucks.

Alpha Bindings - Phantom Splitboard Bindings - Zachary Wilson Photography

Toe Piece

On appelle les toe pieces la partie avant des fixations de ski. Plusieurs marques offrent maintenant la possibilité d’acheter seulement cette partie de la fixation par contre, il est difficile de trouver les détaillants par qui passer. À vous de comparer le poids, le prix et la fiabilité de ces composantes.

Adaptateurs

La majorité des planches vendues aujourd’hui sont déjà percées pour utiliser l’interface universelle mise sur pied par Voilé dans les années 90. Afin de fixer les toe pieces dans les trous existants d’un splitboard, il est possible d’acheter des adaptateurs. Si vous faites fabriquer votre propre planche, vous pouvez demander des inserts pour les toe pieces de ski, vous sauverez ainsi quelques grammes.

Dynafit Toe Adapter Plates- Spark R&D

Une question de préférence

Finalement, le but n’est pas de lancer un débat, mais plutôt de résumer l’information déjà disponible ailleurs pour notre communauté. C’est une question de préférence. Il n’est pas facile d’essayer avant d’acheter, mais peut-être qu’avec un peu d’intérêt démontré aux boutiques qui participent aux différentes journées de démo et aux évènements, il sera possible d’essayer dans le futur. Bonne saison de split!

Crédit photo de couverture : Jérôme Guay - rider : Philippe Bouchard