Gaspésie : l’éternelle quête de poudreuse

Gaspésie : l’éternelle quête de poudreuse

Le coucher du soleil sur la mer de glace, le feu qui s’éteint dans le froid crépuscule de l’hiver gaspésien. D’un côté, l’océan s’étend ; de l’autre, les montagnes s’élèvent. Le long de la route 132, l’eau est glacée, fracassée, et les tempêtes portent la neige sur les sommets des Chic-Chocs, paradis québécois du skieur en quête de virginité.

C’est cette quête qui m’amène ici. Et je suis assouvi. Le départ de Matane vers le petit village de Mont-Saint-Pierre se fait dans la tempête. Si le soleil s’est couché la veille, il ne s’est pas levé aujourd’hui. La route est enneigée, le vent souffle et les camions-remorques me croisent, m’aveuglant encore davantage dans cette nuit étoilée de flocons. Il est tôt, 5h30.

Je finis par devancer la tempête. À Mont-Sainte-Pierre, je rejoins Yan, un camarade de ski. La neige ne fait que débuter ici, timidement. Nous ferons quelques descentes dans les centimètres qui s’accumulent sur une croûte printanière, avant de skinner jusqu’au refuge pour la nuit.

La Vallée Taconique nous accueille dans toute sa splendeur, elle nous embrasse de sa solitude.

Un autre crépuscule tombe sur les montagnes. Même les sapins vêtus de blanc semblent s’éteindre pour la nuit. Seul le vent s'entend, poussant les flocons qui s’accumulent sur les courbes montagneuses. La nature ne trouve jamais le repos, seulement une apparence de calme.

Tôt le lendemain, je sors de ma courte hibernation ; mon regard embrouillé s'émerveille. Tout est blanc dehors. Les montagnes, les arbres, le sol, le ciel… La nature nous a laissé sa plus belle offrande : quarante centimètres de poudreuse légère.

Yan et moi sommes seuls ici, à skier sur ces montagnes enneigées. De l’aube jusqu’au crépuscule, nous y laissons nos traces, symboles d’une conquête sans fin que seule l’âme d’un véritable skieur peut comprendre.