Comment je suis devenu un ski bum

Le ski bum est un skieur pour qui l’ensemble de sa vie est orienté vers un but, celui de skier plus. On a souvent l’image du plongeur à Whistler, du gars du pro shop de Tignes ou encore du planteur d’arbre en C-B, mais le ski bum se trouve également au Québec. Au cours de l’hiver, je me suis mêlé à ceux de Sainte-Anne-des-Monts et du Bas-Saguenay. Je vous raconte comment j’en suis arrivé à vivre pour le ski, et comment j’ai vécu mon hiver en tant que ski bum.

Photo: Thomas Thiery

Photo: Pierre Pinsonnault

Mon hiver de ski bum

Je venais de finir mes études en mai dernier, et en novembre, j’avais un emploi régulier. J’étais convaincu que j’allais être capable de devenir un « Week-End Warrior » au moins pour cette année. Je l’ai été pendant quelques semaines, chassant les premières tempêtes de fin de semaine, et attrapant des « skinusites » ici et là.

Ensuite, un projet de vie un peu trop ambitieux s’est dressé devant moi. J’ai laissé mon emploi pour commencer. Puis je suis allé skier avant d’entreprendre le tout. Ces dix jours ont fait basculer les choses.

Ma blonde est devenue mon ex et notre projet est devenu le sien uniquement. Elle m’a dit deux choses qui m’ont marqué : « Ta recette du bonheur, c’est d’avoir le moins d’attachements possible », et « Pour toi, le ski, c’est plus qu’une passion ». C’est vrai.

Photo: Olivier Dion

Je suis retourné skier, c’est la mi-février.

J'ai passé mon premier séjour avec Félix. Il a pris le temps de me faire découvrir des endroits qui m’ont ouvert les yeux sur la Gaspésie, sur le fait que ce qui est dans le « petit guide », ce n’est qu’une petite partie de tout ce qui est skiable là-bas. Au fil des semaines, j'ai créché chez lui, chez ma Grand-Mère à Cap-Chat ou au chalet familial dans la vallée de la rivière Cap-Chat.

Photo: Deux gars stoke d'être en montagne (Félix et Olivier)

Je suis retourné quelques fois dans la région de Québec pour guider des sorties de ski hors-piste à Vallée-Bras-du-Nord. Ces grandes fins de semaines passées dans la Villa Éco, un chalet autonome sans réseau ou Internet m'ont vraiment recentré. Ce fut pour moi une petite source de revenus, et l’occasion de partager ma passion et de faire vivre aux gens des expériences uniques.

Photo: Olivier Dion

Après une escapade dans le Saguenay pour l'organisation d'une course de Freeride avec l'équipe EstSki, et un détour par la Côte-Nord avec Pierre-Olivier, je suis retourné en Gaspésie pour mes dernières semaines avant de ne plus être capable de skier par manque de fonds.

Je traîne une apprentie avec moi, et on passe le plus clair de notre temps avec les gens de la « commune des ski bums » de Tourelle (ou Caroune ski shop). Les sorties sont un peu plus festives, avant d’entamer une semaine de gros projets pour finir en beauté, première semaine d’avril.

Au cours de ces dix semaines, j'ai pu partager des journées de ski avec des gens authentiques et un peu marginaux, des bums. Il y a Félix, ancien aubergiste du Sea Shack qui pratique assidûment la "ski porn" sur Instagram, Michael un travailleur social de formation devenu ouvrier de plantation pour skier l'hiver, Vincent un guide de l'Auberge de montagne et gaspésien d'adoption, Frank et Laurie d'Avalanche Québec, Éli qui guide pour Expé Aventures, CAROUNE (à prononcer avec un accent français), Cody retourné en ville par manque d'argent également et j'en passe.

Photo: Olivier Dion

Le ski n’est pas terminé pour cette année! Seulement, je suis à court d’argent et mon équipement est complètement explosé. Je suis sauté sur une belle occasion de travail. La fin de semaine dernière, j’ai tout de même fait mon Week-end Warrior dans le plan le plus ambitieux de la saison.

Photo: Pierre-Olivier Bédard

Finalement, il reste « White-Dicks », notre version masculine non officielle de « White Lips », qui consistera en une fin de semaine de ski de printemps entre gars aux Mines Madelaines, à boire des bières, manger du BBQ et skier des couloirs.

Photo: Ariane Jobin

Mon hiver fut mémorable, et ce n’est que le début d’une vie remplie d’aventures.

Je vous laisse sur quelques points forts de la saison :

  • 75 sorties et plus
  • 1 paire de bottes brisée
  • 4 changements d’huile
  • 1 pantalon délaminé
  • 2 re-glue de peaux
  • 1 paire de ski explosée
  • Des combines qui sentent la mort
  • 3 brosses à cause de « shit fuck conditions »
  • 13 coups de soleil au bas du visage
  • Pas assez de dîners et trop de barres tendres
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