Entrevue de Philippe Gautier

L'équipe EstSki est allée à la rencontre de Philippe Gautier, guide de ski passionné, toujours avide de nouvelles destinations avec ou sans clients. Vous croiserez peut-être ce Québécois en Amérique du Sud, dans l'Ouest canadien ou encore au Québec, toujours à ski. On revient avec lui sur son parcours et les aspects de son métier.

Portrait de Philippe Gautier Kulusk Groenland Mai 2016 Photo : Marc Bradley - Portrait de Philippe Gautier - Lieu : kulusk groenland - Mai 2016

Comment te présenterais-tu et expliques-nous en quoi consiste ton métier?

Je suis guide de ski certifié par l'Association canadienne des guides de montagne (ACMG). Ce qui inclut une formation de prévisionniste en avalanche donnée par l'Association canadienne des avalanches (CAA). Mes contrats sont d'une part pour des employeurs, au Chili pour une entreprise qui s'appelle PowderQuest et en Gaspésie pour une entreprise qui s'appelle le Chic-Chac. Après cela, je crée des aventures de ski sur mesure en tant que guide indépendant à l'échelle mondiale. Dans ce cadre, mon travail est de trouver le terrain approprié, d'organiser la logistique et de m'assurer de faire un programme à la hauteur de l'attente de mes clients.

Te souviens-tu du moment où tu as eu la piqûre pour le ski?

Je suis un skieur de l'Est. J'ai commencé dans les Laurentides dans une petite station de ski qui est maintenant fermée et qui s’appelait le Manoir-du-Lac-Lucerne à Sainte-Marguerite. Il fallait traverser un lac pour atteindre le T-Bar qui nous menait en haut d'une petite butte de 150m. On n'avait pas de chalet, on y allait simplement à la journée avec ma famille. Jusqu'à temps que l'on s'installe au Mont Owl's Head où j'ai commencé la course à ski. C'est là qu'on a commencé, avec mes coéquipiers du club de compétition, à explorer en dehors des pistes de ski et à enfreindre un peu les règles de la montagne. Mais c'est lors d'un souper avec le club de ski que la piqûre pour la grande montagne a réellement commencé. On venait de visionner le film Black Diamond Rush avec Warren Miller. C'est là que j'ai dit "Ouah! Je veux avoir des vêtements fluo one piece, porter un bandeau, des lunettes fluorescentes et aller faire des jumpturns dans des parois raides!" C'était en 1995. J'avais 15 ans et l’année suivante, mon père nous a amenés mon frère et moi à Lake Louise. J'ai alors vu les Rocheuses pour la première fois. Depuis ce temps-là, je me suis organisé pour être dans les montagnes le plus souvent possible.

Volcans du Chili - Octobre 2015 Photo : Philippe Gautier - Skieur : David Clas - Lieu : Volcans du Chili - Octobre 2015

Comment ta passion pour le ski et la montagne a alors évolué?

Pendant trois ans, je vais vivre de la même manière : études à HEC à Montréal, équipe de ski de l’Université de Montréal, plantation d'arbres en Colombie-Britanique l'été, puis deux mois de ski au Chili. C'est d'ailleurs en Amérique du Sud que je vais apprendre réellement la randonnée alpine avec un équipement pas vraiment adapté : bottes de course, Alpine Trekker et longs skis.

Dans le monde du guidage en montagne, le rôle des formations est importante. Peux-tu revenir sur ton parcours?

À HEC, j'avais choisi entrepreneurship comme spécialisation. Mon plan d'affaire était de bâtir une entreprise de ski de randonnée alpine en Amérique du Sud. En réalisant mon plan d'affaire, j'ai appris que si je voulais opérer mon entreprise, il fallait que moi-même j'aie des certifications. Je me suis renseigné sur l'Association canadienne des avalanches (CAA) et l'Association canadienne des guides de montagne (ACMG) et j'ai commencé à me rendre compte de toutes les étapes que je devais accomplir pour devenir guide. Je me suis alors inscrit à Thompson River University en Colombie-Britanique. Ils ont un diplôme de tourisme d'aventure qui est lié indirectement aux programmes de certification de guide de ski de l'ACMG. L'association canadienne est reconnue par l'Union internationale des guides de montagne. Le standard canadien est reconnu internationalement, c'est donc le plus haut standard mondial.

Combien de temps as-tu pris pour réaliser tout ton cycle d'études?

Cela m'a pris un bon 10 ans. Le plus dur est de bâtir le curriculum, l'expérience. Il faut faire plusieurs sorties en montagne dans du terrain engageant, alpin, glaciaire et que tu partes en autonomie. Tes décisions sont alors engagées car elles peuvent mettre ta vie en jeu.

Face nord du Mont Fitzsimons, Whistler Photo : Philippe Gautier - Skieur : Mohan Rasiah - Lieu : face nord du Mont Fitzsimons, Whistler, B.C.

Peux-tu nous raconter une de tes sorties ski qui t'a vraiment marqué?

Je pratique deux types de ski : quand je suis guide et celui que je fais sans responsabilité de guide. Je me souviens d'une fois où j'étais parti avec un collègue ayant la même certification et à peu près la même expérience. En bonne compagnie, on peut prendre des risques qu'on ne peut pas se permettre avec des clients. On peut se rendre un peu plus loin aussi. On était allé cette journée-là très tôt le matin à Whistler. Les conditions étaient propices. On a eu une ride de motoneige pour se rendre en haut de la montagne. Puis on est allé skier le Mont Fitzsimons, entre Whistler et Blackcomb. On est descendu par la face nord nord-ouest qui est un 45° soutenu, très engagé, très abrupt. Lors de la descente, il y avait un sluff de neige poudreuse continu, c'était pour moi excitant. C'était la bonne place, avec la bonne météo et avec la bonne personne.

Mont Logan project du livre guide des itinéraires de randonnée Alpine des Chic-Chocs Photo : Avalanche Québec - Skieur : Philippe Gautier - Mont Logan project du livre guide des itinéraires de randonnée Alpine des Chic-Chocs - Février 2009

Tu as participé à la création du livre Chic-Chocs, itinéraires de randonnée Alpine. Quel en était le but?

Notre mandat pour le livre guide était d'explorer à l’extérieur des classiques Hog's Back et Champs de Mars. On a par exemple regardé du côté des Vallières, on a décortiqué le Mont Lyall ou encore prospecté le Mont Logan. Ensuite, on est allé chercher du budget qu'on a eu au moment de la deuxième édition du guide pour aménager des sentiers et ainsi pouvoir intervenir en cas d'urgence.

Peux-tu nous parler de ton travail de guide indépendant?

Ma job présente trois composantes : le guide, le coach et le logisticien. Le coach est celui qui va continuellement travailler le côté technique du déplacement en montagne. Le logisticien est celui qui s'occupe de l'organisation du voyage, du billet d'avion au téléphone satellite. Et le guide est celui qui s'occupe des itinéraires au jour le jour. La relation entre le guide et le coach est toujours un gros défi. Car le coach doit toujours présenter un itinéraire qui possède une composante de défis mais cela amène un risque car l'issue est incertaine. Or le guide est celui qui doit gérer l'incertitude et contrôler le risque. Il y a donc une dualité et un équilibre à trouver entre le coach et le guide. En maîtrisant la culture du risque pour son groupe, on peut ainsi travailler au mieux entre le coach et le guide. Mais cela peut prendre du temps. Pour cela, il faut pouvoir vivre la montagne ensemble. J'ai la chance d'avoir une clientèle fidèle et on commence à se connaître après cinq à six voyages. Ce qui fait qu'on est maintenant capable de prendre des décisions de dernière minute, signe de bonne cohésion.

Quels sont tes projets à venir?

L'année prochaine, on vise aller avec ce groupe de clientèle fidèle dans l’archipel norvégien de Svalbard au nord du 70ème parallèle de latitude. On va monter sur un bateau à voile, parcourir les fjords et partir en expédition à la journée. C’est un luxe et un privilège de pouvoir participer à toutes ces aventures et je m'efforce de bien les mériter à tous les jours.

Philippe Gautier guide de ski en Antarctique Photo : Jeremy Lau - Philippe Gautier guide de ski en Antarctique - Novembre 2015

Si vous voulez joindre Philippe pour créer une aventure, n’hésitez pas à lui écrire sur eophil@gmail.com