Terre-Neuve : bienvenue en terrain hostile

Dans l'imaginaire de nombreux skieurs hors-piste, la côte ouest de l'Île de Terre-Neuve demeure un lieu assez mythique. Beaucoup savent qu'il y a autant de terrain skiable qu'en Gaspésie, que la neige abonde, mais peu s'y aventurent. C'est que Terre-Neuve ne s'apprivoise pas aussi facilement : vents forts, poudrerie, « whiteout », épisodes pluvieux... Tout nous est passé sur la tête au pays des Newfies.

Photo : Thomas Thiery - Skieur : Olivier Dion - Lieu : Gros-Morne

L'arrivée sur l'île

La nuit est déjà bien entamée lorsque nous prenons possession de notre auto de coiffeuse. À l'aéroport de Deer Lake, la dame nous avise de faire attention à l'aquaplaning avec les pneus quatre saisons. Dehors, la pluie nous souhaite la bienvenue, tempétueuse. Après quelques glissades contrôlées, nous atterrissons dans un petit hôtel bon marché. Nous profiterons du lendemain et de la lumière du jour pour repérer un peu mieux les alentours.

Photo : Thomas Thiery - Lieu : Motel Deer Lake

Première journée : découvrir Terre-Neuve

Dès le réveil, les défis sont multiples pour assurer notre survie : trouver un resto déjeuner servant bacon et œufs, reconnaître la façade d'une épicerie, et - le plus important - détecter la neige. Après deux épisodes de pluie intense, l’entièreté du couvert neigeux a été quasiment décimé. Une fois nos sacs remplis de nourriture à l'épicerie FoodLand, nous prenons la direction du parc national du Gros Morne (à prononcer avec un fort accent anglophone si on veut bien se faire comprendre).

Photo : Thomas Thiery - Skieur : Olivier Dion - Lieu : Rocky Harbour

Il nous faudra conduire 70 km pour atteindre Rocky Harbour, cette ville située au cœur du parc national. Sur place, nous constatons rapidement que le tourisme d’hiver n’est pas très populaire. La majorité des commerces et hébergements sont fermés, exceptés les bars. Nous poursuivons notre exploration sous la pluie, à la recherche d'un endroit où dormir. Nous nous essayons à l'auberge de jeunesse de Norris Point, dans un ancien hôpital, converti en centre communautaire/bureau de physiothérapeute/auberge de jeunesse. Personne à l'accueil, personne au téléphone. On se contente d’emprunter leur Wi-Fi pour se trouver un autre endroit, un chalet au complet à peu de frais.

Premières journées de ski : Killdevil et Big Hill

Après la pluie, le froid et la neige ont refait leur apparition alors que le vent est resté constant. Munis de nos crampons et piolets, avec peu de visibilité, nous nous attaquons à deux couloirs assez exigeants de près de 600 m de dénivelé. La surface est dure, l'activité avalancheuse est quasi-nulle. Une petite neige nous permet de skier des plaques de tempête. Ce sera notre seul réconfort durant ces deux premiers jours de ski.

Photo : Thomas Thiery - Skieur : Olivier Dion - Lieu : Killdevil

Séjour chez Daine : Tablelands et Gros Morne

Avant notre départ pour Terre-Neuve, nous avions entendu parler d'une auberge de jeunesse tenue par un guide à Sally's Cove. Daine Hewlin, qui avait déjà guidé l'équipe de Ski The East à deux reprises, sera notre hôte durant quatre jours. L'hébergement est bon marché (temporairement sans eau chaude!) et les conseils de Daine précieux durant nos quelques soirées passés ensemble. C'est lui qui nous indiquera à quel moment aller à Tablelands, afin de profiter d'un beau « white bird », ces journées complètement couvertes, pendant lesquelles la visibilité demeure excellente. C’est toujours mieux que rien! Il a un peu neigé la veille, mais les vents ont soufflé très fort à 120 km/h. Le terrain est imposant et les nouvelles corniches au-dessus des couloirs et des bols sont plus qu'intimidantes. En entamant notre progression dans le Trout River Bowl, nous observons des débris de corniche. Nous nous contenterons de skier juste son épaule.

Photo : Thomas Thiery - Skieur : Olivier Dion - Lieu : Trout River Bowl - Tableland

Le lendemain, c'est à Gros Morne que nous partons skier. C'est le calme avant la prochaine tempête de pluie. Entendez par là la plus belle journée de notre séjour, avec quelques rayons de soleil et sans vent! Nous empruntons le chemin d’été qui n’a pas été utilisé de l’hiver, et finissons encore en crampons. La journée de ski est une réussite : 18 km de déplacement, 1300 m de dénivelé et 30 cm de poudreuse sous les bonnes orientations. La descente de cette montagne à ski n’est pas une pratique commune à ce qui paraît.

Séjour en refuge : Southwest Gulch (SWG) hut

Nous approchons de la dernière étape de notre séjour. Il nous reste à découvrir le terrain offert autour du refuge SWG dans les Tablelands. Nous passons la nuit à entendre craquer le refuge de toute part. Une nouvelle fois, les vents de 120 km/h nous assaillent. Le lendemain, Thomas semble un peu trop motivé par les conditions. Il ne semble retenir que les chutes de neige de la veille et de la journée-même, mais en oublie la visibilité d’à peine 10 m, et les forts vents. C'est avec acharnement que nous finissons par skier des sous-bois près du refuge dans des conditions miraculeusement excellentes.

Photo : Thomas Thiery - Skieur : Olivier Dion - Lieu : Southwest Gulch

Le lendemain, nous sommes exténués. Il nous reste une matinée de ski autour du refuge. Les vents sont enfin retombés. Nous ne nous acharnerons pas cette fois-ci. Nous nous contentons du premier bol sur notre passage, rempli de neige par la dernière tempête.

C'est dans le même état d'esprit que nous démarrons notre dernière journée à Terre-Neuve. Nous voilà dans la station de Marble Mountain. Une tempête sans vent a recouvert la montagne de 35 cm de nouvelle neige. Un beau cadeau avant notre départ.

Un bon aperçu du temps

Vous voulez en savoir plus sur les lieux que l'on a skié, voici notre mini-guide

La traduction de notre est maintenant disponible sur wildnortheast.